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1971


en Suisse, ou bien le régime parlementaire est combiné avec le référendum populaire (Tchécoslovaquie, Empire allemand, Prusse, Estonie, Lettonie). La raison du caractère strictement parlementaire de la République française se trouve dans les traditions du parti républicain qui n’est pas démocrate, mais conventionnel au sens de la dictature d’une Assemblée représentative unique. » Hauriou, dont l’autorité est grande en matière de droit constitutionnel, n’a pas nos idées, cela va sans dire ; mais il constate que le régime parlementaire est, par nature, fort peu démocratique. Il ajoute même : « C’est une question de savoir si la démocratie française, à mesure qu’elle fera son éducation politique, se contentera de ce parlementarisme Conventionnel qui n’en demeure pas moins un régime oligarchique, et si elle n’exigera pas une évolution vers des institutions de gouvernement direct qui puissent lui faire contrepoids. » Problème qui ne saurait nous retenir, le referendum populaire étant, comme le reste, à la merci des maquignons du journalisme et de la politique. Très en vogue au début du xxe siècle, le parlementarisme a subi un recul sensible dans les années qui suivirent la guerre de 1914-1918. Mais ce fut pour des raisons que nous ne partageons pas : on voulait un pouvoir exécutif fort, débarrassé de tout contrôle gênant ; la mode était alors aux dictatures. A l’inverse, nous estimons l’autorité toujours trop forte, trop oppressive ; et si le régime parlementaire ne nous satisfait en aucune façon, c’est que lui aussi s’arroge le droit de tyranniser les individus. Jamais un gouvernement ne nous semble assez faible ; c’est à ruiner l’autorité, non à la fortifier, que nous travaillons. A la contrainte nous voulons substituer l’intérêt bien compris, mieux encore l’universelle fraternité. Contre l’impuissance et la corruption du régime parlementaire on a beaucoup écrit ; certains abus sont connus de tous. « Le député, animé des meilleures intentions, écrit Verlot, assiste impuissant à la confection de lois mal étudiées, mal préparées, sans souci de leur répercussion… Les affaires sérieuses se discutent souvent devant des banquettes vides. Quelques douzaines de députés votent pour 600 collègues… Au contraire, les séances où il peut être question d’un scandale regorgent d’auditeurs. Les manœuvriers de couloirs cherchent les moyens de renverser le gouvernement ; on conspire, on combine dans une atmosphère plus ou moins viciée qui écœure les braves gens. » Verlot, ancien radical devenu sacristain, n’était d’ailleurs pas à compter parmi les braves gens. Et les critiques ne doivent pas s’adresser aux seuls députés de droite. Dans des souvenirs pleins de saveur, l’ancien député A. Jobert nous raconte l’histoire suivante, au sujet du vote par procuration : « J’assistai à la première réunion du groupe socialiste parlementaire, salle de la Quatrième Commission… A la disposition géographique même des places occupées, il était facile de voir que là, comme dans tous les autres organismes, les castes sociales existaient. Alors que les ténors occupaient la table sise au milieu, les autres, les indésirables, les déshérités se tenaient loin du soleil, le long des murs, dans les encoignures et dans les embrasures des fenêtres. Il y avait les députés de première zone et ceux de deuxième zone. De suite les manitous (Sembat, Renaudel, Varenne, Compère, Delory, etc.), prirent la direction du groupe et élaborèrent son règlement. La première bataille se livra au sujet des votes au Parlement. Renaudel préconisa l’unité de vote et, pour ce faire, demanda que fussent désignés trois délégués du groupe, chargés de la fonction de boîtiers c’est-à-dire ayant seuls le pouvoir de mettre dans l’urne, lors des scrutins, les 103 bulletins socialistes. En somme, c’était la consécration, par le groupe de l’abominable pratique du vote par procuration, du vote des absents avec tous ses tripatouillages… Candidat, j’avais promis à mes camarades de la Fédération d’abord, aux électeurs ensuite que, si j’étais élu,


je demanderais l’application du vote personnel… je réservai mon droit de garder par devers moi le soin de déposer mon bulletin dans l’urne et déclarai ne vouloir confier ce souci « pas même à Renaudel et à Compère-Morel ». On devine quel tollé ma déclaration souleva… » Nous pourrions multiplier les exemples démontrant que députés de droite, du centre et de gauche s’accordent pour duper les électeurs. Aussi, malgré les injures échangées en public, entretiennent-ils, loin des regards indiscrets, d’excellentes relations. C’est, assuret-on, le cas pour Tardieu, Herriot et Blum, qui sablent le champagne de compagnie après s’être copieusement disputés à la tribune du Palais Bourbon. Une adroite distinction entre la vie publique et la vie privée, admise par les socialistes comme par les royalistes, couvre et légitime ces odieuses comédies. Contre ce mur de la vie privée, lorsqu’il s’agit d’individus qui s’arrogent le droit de commander aux autres, je me suis élevé bien des fois. Mais vainement, tous les partis étant d’accord pour continuer cette sinistre farce. Ajoutons que le choix des parlementaires fait l’objet d’un véritable commerce. De longs mois avant l’élection, le marché aux candidatures s’ouvre ; politiciens rapaces, journalistes véreux font preuve d’une activité débordante. Paris devient le centre principal où acheteurs et vendeurs se rencontrent. De là seront expédiés, aux quatre coins du pays, des centaines d’avocats sans cause, d’écrivains sans talent, de riches oisifs que la province devra renvoyer, munis de l’estampille parlementaire. A l’acheteur on servira une abondante documentation, s’il ignore tout de sa circonscription ; des électeurs influents, des militants du pays se chargeront de le faire adopter par les indigènes. Officiellement sacré candidat par un comité local, il n’aura plus qu’à payer à boire, serrer des milliers de mains, flatter tout le monde, Et la farce sera sensiblement la même s’il s’agit d’un autochtone qui, à force de bassesse et de ruse, est parvenu à capter la confiance de ses concitoyens. A la règle générale qui veut que les gouvernants soient des êtres immondes, les parlementaires n’échappent en aucune façon. — L. Barbedette.


PARTAGEUX. Comme le dit lui-même le « Dictionnaire Larousse », ce nom ou adjectif, peu usité, « se dit ironiquement d’une personne qui réclame le partage général des terres et la communauté de tous les biens ». Partageux est une corruption du mot Partageur.

On voulait, par ce terme, disqualifier les hommes imbus d’idées sociales et ceux qui s’en proclamaient les partisans et les propagandistes : les plus petits propriétaires, ceux qui vivaient péniblement de leur lopin de terre, disait-on, en seraient dépossédés par les partageux.

Il fut un temps où ce pauvre argument avait prise sur l’esprit lourd de certains paysans. On s’appliquait à transformer le sens des mots pour calomnier les plus ardents apôtres de Justice et d’Égalité sociales, les plus profonds penseurs dont on ne pouvait discuter ni contredire les systèmes clairement exposés.

Évidemment, l’ironie facile avait prise sur les ignorants, incapables de raisonner et craignant toujours qu’on leur ravisse le lendemain ce qu’ils avaient difficilement acquis la veille. Si stupide que soit la calomnie il en reste toujours assez pour engendrer la haine ou augmenter le mépris. Ceux qui possédaient beaucoup craignaient fort l’expansion des idées de partage équitable des terres et ils avaient tout intérêt à mettre de leur côté les malheureux possesseurs d’une pauvre terre aride arrosée de la sueur du courageux paysan qui la cultivait. Le but à atteindre était, surtout en période électorale, de disqualifier un candidat au profit d’un autre. Nous avons dit que ce terme était peu usité ; il l’est de moins en moins et les socialistes, dans leurs discours de propagande électorale, ne sont plus traités