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et qu’elle a dû coïncider chez eux avec l’époque où Saturne était encore un soleil en pleine activité. Du reste, les avis sont partagés. Quant au globe de Saturne lui-même, dont le faible soleil n’a qu’un diamètre apparent de 3’22, l’activité actuelle, à sa surface, l’atmosphère dense, chargée de vapeurs d’eau nous incite encore à penser qu’il doit encore produire de la chaleur par lui-même, grâce à son volume énorme pas encore entièrement refroidi ou parce que la constitution physique et chimique de son atmosphère et les influences cosmiques de ses anneaux s’unissent pour créer des effluves électriques et transforment certains mouvements en chaleur.

Uranus. — Avec Uranus, découvert par William Herschel, en 1781, nous arrivons aux confins de notre monde solaire, où des perturbations encore inexpliquées ont occasionné les mouvements rétrogrades des quatre satellites d’Uranus et de celui de Neptune. Au lieu de tourner de l’ouest à l’est, comme la Lune, des satellites de Mars, de Jupiter et Saturne, dans le plan de leurs équateurs respectifs de façon à ce que ce plan ne fasse pas un angle considérable avec celui de leurs orbites autour de l’astre du jour, les compagnons d’Uranus tournent, au contraire, de l’est à l’ouest et dans un plan presque perpendiculaire à celui dans lequel la planète se meut. Il résulte de cela que l’axe de rotation d’Uranus est presque couché sur le plan de son orbite et que dans le ciel uranien le Soleil tourne d’apparence d’ouest en est au lieu de l’est en ouest. L’équateur d’Uranus étant incliné sur l’orbite, le Soleil uranien doit s’éloigner pendant le cours de son année de 81 ans terrestres jusqu’à cette même latitude et les latitudes qui correspondent sur cette planète à celle de l’Europe septentrionale pour nous, ont, pendant leurs longs hivers et leurs longs étés de 21 ans, le Soleil sans interruption alternativement au-dessous et au-dessus de l’horizon.

La planète Uranus se meut lentement, à l’énorme distance de 2 milliards 864 millions de kilomètres du Soleil, en faisant 6 kilomètres 700 mètres par seconde sur sa longue orbite de 17 milliards 830 kilomètres et met, en tournant sur elle-même en 11 heures environ, 84 ans et 8 jours pour accomplir sa révolution entière.

L’année d’Uranus est donc de 84 ans 8 jours et son jour de 11 heures à peu près.

Le diamètre d’Uranus est 4 fois celui de la Terre, soit exactement 53.000 kilomètres, ce qui fait que ce monde est encore, à lui seul, plus gros que les quatre planètes intérieures, Mercure, Vénus, la Terre et Mars réunies. Sa masse, par contre, est à peine 14 fois celle de la Terre, car les matériaux qui la constituent sont très légers et ne valent, à quantité égale, qu’un cinquième, 0, 1% des nôtres,

Par l’analyse spectrale nous savons que l’atmosphère d’Uranus ressemble plus à celle de Saturne et Jupiter qu’à la nôtre, qu’elle forme, comme la leur, des bandes parallèles à l’équateur et qu’elle renferme aussi des gaz inconnus ici, mais identiques ou analogues à ceux que nous avons trouvés dans les deux grandes planètes. En outre, fait à noter, l’atmosphère d’Uranus se distingue surtout par la faculté d’absorption, faculté que nous n’avons jusqu’ici rencontrée dans aucune autre planète de notre système.

Uranus a quatre lunes : Ariel, à 196.000 ; Umbriel, à 276.000 ; Titania, à 450.000 et Oberon à 600.000 kilomètres de distance et elles tournent respectivement en 2 jours 12 heures, 4 jours 3 heures et demie, 8 jours 16 heures et 13 jours et demi autour de lui.

Neptune. — Depuis que le prodigieux mathématicien Le Verrier a presque doublé le rayon précédemment connu de notre République solaire en heurtant de sa plume la terre lointaine du ciel qu’est Neptune, il nous semble qu’il doit y avoir encore, dans le domaine


de notre Soleil, plusieurs planètes au-delà de cette dernière.

Cette probabilité de l’existence de planètes transneptuniennes ressort surtout de ce que la troisième comète de 1862 a son aphélie à la distance 48 (48 fois celle qui sépare le Soleil de notre Terre) et que les orbites de quatre autres comètes aussi paraissent avoir leur point d’intersection à une distance de 70. Si ce calcul est exact, et il doit l’être, l’hypothèse de deux planètes voguant à environ 7 et 10 milliards et demi de kilomètres du Soleil se vérifiera réalité à condition, bien entendu, qu’elles soient assez volumineuses pour être visibles.

A défaut de ces deux planètes attendues, un visiteur inattendu, la planète Pluton, de la taille de notre Terre, vient de se présenter, mais nous ne sommes pas encore en état de l’apprécier parce qu’elle est encore sur le « chantier ».

Retournons donc à Neptune, encore gardien provisoire de la frontière de notre système.

L’orbite de Neptune, longue de presque 28 milliards de kilomètres, est tracée autour du Soleil, à la distance moyenne de 4 milliards 487 millions de kilomètres. Cette planète, qui ne fait que 5 kilomètres 370 mètres par seconde, en tournant probablement en 11 heures autour de son axe, met 164 ans 281 jours pour accomplir sa révolution autour du Soleil. L’année de Neptune est donc de presque 165 ans et son jour d’environ 11 heures.

Le diamètre de ce monde, le nôtre multiplié par 3,8, est de 48.420 kilomètres. La densité de ses matériaux n’est que le tiers des nôtres, mais la pesanteur à sa surface est à peu près égale à ce qu’elle est ici. Malgré la faiblesse de sa lumière, l’analyse spectrale a permis d’apprécier son atmosphère et nous savons qu’elle offre presque une identité complète avec celle d’Uranus et qu’elle a les mêmes facultés d’absorption que la sienne.

Nous ne connaissons qu’une lune à Neptune. Elle fut découverte par Lassel, également en 1846, et elle tourne à 400.000 kilomètres autour de Neptune en 5 jours, 21 heures. Son mouvement est rétrograde, de l’est à l’ouest, et c’est surtout par la rapidité de sa rotation que nous avons pu établir approximativement celle de Neptune, dont le disque, légèrement bleuâtre et diffus, n’offre pas de points de repère suffisant pour permettre avec précision un tel calcul.

Vu d’Uranus, qui est 19,18 et de Neptune qui est 30 fois plus éloigné de l’astre du jour que nous, la première de ces deux planètes ne reçoit plus que la 368e partie et la seconde la 900e partie de chaleur et de lumière dont il nous gratifie. La pleine Lune réfléchissant la 618.000e partie de la lumière solaire, Uranus reçoit donc tout de même du Soleil encore 1.500 fois, et Neptune 687 fois plus de lumière que nous de la pleine Lune…

Nous voici, avec un peu d’efforts, arrivés au terme de notre voyage idéologique. Uranus et Saturne exceptés, toutes les planètes de notre monde ont disparu de notre vue ; mais les quatre milliards et demi de kilomètres qui nous séparent du Soleil n’ont en rien modifié les figures des constellations qui brillent au-dessus de nos têtes. Pour changer les perspectives stellaires que nous offrent les constellations de la Grande Ourse ou de l’Orion, il nous faudrait, sur les ailes de la pensée, plus rapides que la lumière, franchir neuf mille fois la distance qui nous sépare de Neptune, pour aborder, après avoir assisté à un défilé de comètes — les trépassés du Ciel — Proxima ou Alpha du Centaure, la belle étoile double, dont le volume égale environ deux fois et demi celui de notre Soleil… Je gage que nous ne serions pas bien dépaysés, parce que partout nous retrouvons même loi fondamentale, même égalité constitutive avec des variétés infinies, mais semblables dans