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1921 que, par souscription, put paraître, à Paris, le « Dictionnaire de Biologie Physiciste », qui restera pour tous nos amis une mine inépuisable de recherches touchant les grands problèmes de la Vie (l’hydrogéologie occupe 80 pages de cet ouvrage), puis vinrent les « Horizons du Physicisme », qui parurent en 1923.

En 1926, parut, à Barcelone cette fois, et richement illustrée, une nouvelle édition de « Una nueva ciencia : la Plasmogénia », par A.-L. Herrera.

Depuis, dans bien des journaux, revues médicales, scientifiques ou philosophiques, nous avons lu des articles sur la plasmogénie, signés : Albert Mary, Victor Delfino, A-L. Herrera, R. Dubois, Foveau de Courmelles, Jules Regnault, etc. Une revue allemande, « Protoplasma », s’occupe spécialement de cette science. Espérons que de nouvelles revues s’intéresseront à ce problème fondamental de la Vie universelle, en dehors des dogmes des religions révélées et donneront à la plasmogénie la place qu’elle mérite, parmi les sciences positives. Le petit « Bulletin de l’Association Internationale Biocosmique » (La Vie Universelle) donne toujours les compte rendus et résultats d’expériences de plasmogénie, à côté d’autres études astronomiques ou philosophiques.

En 1928, courant février, Albert Mary, qui avait perdu son frère depuis 1915, mourut à son tour, sans avoir jamais reçu la récompense de son travail acharné. Comme Stéphane Leduc et comme A-L. Herrera, il avait subi les critiques acerbes de ceux qui veulent modeler leurs conclusions scientifiques sur des métaphysiques périmées. Albert Mary, qui fut des nôtres aux Universités Populaires, et donna des chroniques aux « Temps nouveaux », fut un biologiste non officiel, un en-dehors, un chercheur indépendant, un philosophe, et un poète, et son œuvre doit être classée au tout premier rang, parmi celles des plasmogénistes.

Je visitai également, en 1928, le vieux pacifiste Raphaël Dubois ; il mourut peu de temps après, en 1929, laissant, en plus d’un long professorat, de belles études sur la lumière physiologique, le sommeil hivernal, etc. ; il fut le grand ami de Kuckuck, de Pétrograd. La mort fauche dans les rangs des chercheurs, mais rien ne se perd de leurs enseignements, et les jeunes, continuant les investigations commencées, donneront peut-être demain un essor insoupçonné aux découvertes de la biologie synthétique. Puisse notre vaillant ami A-L. Herrera qui, depuis plus de 40 années, a donné le plus grand essor à cette science, continuer encore longtemps ses expériences, pour que les jeunes générations s’orientent un peu vers la synthèse scientifique, après avoir été si longtemps portées vers les sciences analytiques. Ainsi conduits vers de nouvelles et pacifiques conquêtes, les hommes sauront mieux se situer dans l’Univers incréé, et comprendront facilement le solidarisme biocosmique qui les lie avec tout ce qui existe (avec les éléments vivants et avec les matières dites inertes, avec le passé et avec l’avenir) et deviendront plus fraternels, plus solidaires, en supprimant totalement les barrières de race, de couleur, de frontière et de langage, qui les empêchaient de collaborer pour de meilleurs devenirs. — J. Estour.

P.-S. — Pour compléter ce court exposé, je ne saurais mieux faire que de citer quelques phrases glanées un peu au hasard, mais qui situeront quand même les plasmogénistes dans l’esprit du lecteur, et de donner une petite bibliographie pour ceux qui voudraient approfondir cette question si importante. — J. E.

a) Extraits (Stéphane Leduc) :

— La vie est indestructible, incréable, éternelle (page 22, « Biologie Synthétique » ),

— La condensation des nébuleuses, la séparation des planètes et de leurs satellites est, au point de vue mécanique, analogue aux phénomènes de cohésion et de segmentation que nous avons étudiés dans les liquides, et


suggère que si, au lieu d’un champ de forces rayonnantes, nous produisions dans les liquides un champ tourbillonnaire, les analogies deviendraient plus grandes encore… (page 171, « Biologie Synthétique » ).

— Puisque on ne peut marquer la séparation entre la Vie et les autres phénomènes de la nature, on devrait conclure que cette séparation n’existe pas, ce qui est conforme à la loi de continuité entre tous les phénomènes (page 13, « Théor. Phys. Chim. ; de la Vie et Générations spontanées » ).

L’acte élémentaire de la Vie, c’est la diffusion et l’Osmose (page 179, « Th. P. C. ; de la Vie et Gén. sp. » ).

— Ce n’est qu’en conservant intacte sa personnalité, en toute liberté, en toute indépendance que l’on peut avancer vers des horizons nouveaux… Il existe, pour les pionniers, des satisfactions inconnues des autres hommes : la conscience de l’œuvre accomplie, la volupté de l’action qui crée ce qui n’a jamais existé, de l’esprit qui contemple ce qui n’a jamais été vu, de l’intelligence qui comprend ce qui n’a jamais été compris (page 205, « Bol. Synt.. » ).

b) Extraits (Albert Mary) :

— La Nature n’est grande et intelligible que vue de haut. On comprend alors combien il est impossible de scinder les phénomènes en compartiments nettement délimités et foncièrement différents les uns des autres, et combien l’Univers, selon le mot de d’Alembert, n’est vraiment « qu’un fait unique et une grande vérité » ( « Dict. de Biologie Phys. » ).

— La seule loi idéale de l’éthique est extensive et tolérante : c’est une loi de respect égalitaire et mutuel qui se double accessoirement d’un corollaire d’entraide. Contre les fléaux et contre les difficultés naturelles d’existence, l’humanité ne sera vraiment forte que lorsque les êtres humains auront répudié définitivement toute concurrence matérielle qui infériorise et toute haine désavantageuse à l’individu et à l’espèce. Moins de codes, de castes et de frontières ; plus d’intelligence, de droiture et de bonté : voilà ce qu’il faut à l’Humanité pour devenir digne d’elle-même, pour durer et pour être plus heureuse (p. 263, « Dict. Biol. Phys. » ).

— Il n’y a pas d’ « essence individuelle », tous les éléments dynamico-matériels de l’être humain sont puisés dans un tonds alimentant au même titre tous les êtres et toutes les choses et auquel ils retournent après la dissociation des architectures éphémères, minérales, végétales, animales où ils se sont trouvés engagés. (Déclaration de l’Ass. Int. Biocosmique, sept. 1P27.)

c) Extraits (A.-L. Herrera) :

— En réalité, tout est vie, et on ne saurait concevoir aucune limite entre ses diverses formes, les mêmes atomes passant des corps organisés aux inorganiques, à travers des combinaisons infinies ; et si nous envisageons la vie comme le mouvement dans l’Univers, rien n’est mort et, sous divers degrés, tout a une vie, manifeste et organique, en petit, ou comme un ensemble manifeste ou non, inorganique, en grand, enfermant toutefois les éléments des îlots d’être vivants, semés dans l’infini d’eaux profondes et agitées. (Ab Aeterno : « La Vie universelle », n° 7, page 126.)

— L’Association Biocosmique répond à un besoin profond de nos temps. Morts et oubliés les dogmes religieux dans le cerveau des hommes libres ; détruit pour toujours l’idéal mystique, spiritualiste, chrétien ; il faut rentrer bon gré mal gré dans la nature, nous résigner à mourir pour toujours, dans le sens absolu et vulgaire du mot, mais tout à fait sûrs de notre pénétration dans l’ensemble, ou plutôt de notre vie cosmique. Par là, nous ne mourrons jamais. Notre dépouille fétide, cadavérique, si détestée des spiritualistes est, en réalité, un laboratoire merveilleux, où des réactions chimiques actives se poursuivent dans les mêmes atomes, molécules, milieux physico-chimiques de l’être vivant. Une humanité et une philosophie nouvelles se dresseront