Page:Fertiault - La Nuit du génie, 1835.djvu/15

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Il ne se berce pas de ses premiers essais :
Son ame, dans un rêve, a vu d’autres succès.
Vingt fois, sur le papier, j’ai vu sa main rapide
Jeter, dans un instant, sans modèle et sans guide,
Des traits, dont les Tony pourraient être jaloux
Et vingt fois les froisser et les déchirer tous,
Aigri, frappant son front et réclamant cette heure
Où son œuvre immortelle ornera sa demeure…
Oh ! c’est terrible, allez, que de souffrir ainsi !

Et souvent dans son cœur roulait pareil souci.
Un jour, après avoir suspendu sa journée
Et regardé long-temps sa tâche abandonnée,
Maudissant ses pinceaux, pour attendre le soir
Il s’en fut, au foyer, seul et triste, s’asseoir.
La braise seulement, naguères animée,
Reposait sur la cendre, à demi consumée
Et son rougeâtre éclat, en cercle étroit porté,
Laissait dans tout ce lieu régner l’obscurité.
Là, pensif, dans ses mains Jule incline sa tête,