Page:Fertiault - La Nuit du génie, 1835.djvu/18

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Va rêver, pauvre enfant ; les rêves, c’est la gloire.
Ils savent la donner à l’âme qui sait croire,
Et sans lui coûter rien : elle est douce à ce prix.
Ah ! si d’une autre, au moins, tu n’étais pas épris !
Mais la gloire à vingt ans c’est au grand jour qu’on l’aime.
Hélas ! je le sais trop ; je la poursuis moi-même ;
Pour elle je consacre et mes nuits et mes jours,
Et, sans me regarder, l’ingrate fuit toujours.
Oh ! qui que vous soyez, vous que son charme attire,
Jeunes gens, qu’à son nom je vois déjà sourire,
De grâce, arrêtez-vous ; demeurez, n’allez pas
Comme des insensés courir après ses pas :
Quand vous l’auriez long-temps, sans l’atteindre, suivie,
Le dégoût, à l’œil mat, ternirait votre vie ;
Votre cœur tomberait, brisé dans son essor
Et vous auriez en vous comme un désir de mort.
N’allez pas demander que les Cieux vous entendent ;
Dieu ne la donne plus à ceux qui la demandent.
L’homme a ri du trésor où son cœur a puisé :
Gloire et Génie, adieu ! tout nous est refusé !