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AUTOUR D’UN CANDIDAT

que l’on a, soi, de voir sa fille bien casée ?… Le monde est vilain… Marcel Gémy est riche, agréable, intelligent… il aura une place prépondérante dans la contrée… Que peut rêver de mieux une jeune fille ? Ses sentiments ne peuvent que varier devant une telle perspective…

Mme Lavaut n’écoutait plus. Tout son bel optimisme gisait comme une loque devant elle.

Que Jeanne voulût se marier anéantissait toutes ses meilleures combinaisons. Elle se voyait déjà belle-mère d’un sénateur, en attendant d’être celle d’un ministre.

Elle s’en voulait d’avoir accepté cette invitation qui, au bout de quelques jours, lui apportait déjà une semblable déception.

Elle ne remarquait pas l’air triomphant de Mme Lydin qui lisait sur le visage de la concurrente toutes les pensées qui tourbillonnaient dans son âme.

En son for intérieur, la mère d’Isabelle se disait : je vais avoir le champ libre… Isabelle est une beauté, et pour peu qu’elle veuille s’en donner la peine, elle peut devenir la candidate élue… Il faut que je lui fasse la leçon… Elle a une occasion sensationnelle de se marier et je ne veux pas qu’elle la laisse échapper…

Les deux dames se quittèrent. Mme Lydin était impatiente de causer sérieusement avec sa fille et Mme Lavaut éprouvait le besoin d’un peu de solitude pour réfléchir.

Elle pensait qu’elle allait perdre son temps dans ce château et qu’elle eût mieux fait de conduire ses deux enfants sur une plage un peu plus tard, où ils auraient pu faire des connaissances utiles.