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AUTOUR D’UN CANDIDAT


CHAPITRE IV


Mme Gémy, sous des dehors presque indifférents, était très préoccupée au sujet de son fils. Elle écoutait avec le plus grand intérêt les récits que l’on faisait de telle ou telle visite, de telle rencontre ou de telle parole rapportée.

Le repas du soir était ordinairement le moment où l’on développait ou commentait tous ces thèmes. Le plus ferme espoir régnait dans la demeure. Mme de Fèvres grandissait en importance. Elle ne négligeait aucun détail démontrant que le moindre pouvait avoir sa portée.

Chacun l’écoutait et se laissait conduire. Elle invitait le maire, qui, tout heureux de causer avec des personnes cultivées, tout en s’asseyant devant une table bien servie, payait la maîtresse de maison en belles espérances et en compliments. Pour ne pas s’aliéner les adjoints, on les invitait aussi, et comme l’instituteur était agréable, on le conviait de temps à autre pour connaître son opinion.

M. le curé tenait la place d’honneur et parlait de son vieil ami, le député malade. On lui souhaitait longue vie, mais il ne fallait pas qu’il se représentât…

Les habitants étaient comblés d’attentions et les paysans riaient silencieusement en les acceptant. Nul n’aurait pu définir ce qui se cachait derrière ce rire. Était-ce la conquête définitive ou simplement la malice qui plissait finement leurs yeux et tirait leur bouche ?

Marcel Gémy essayait de percer leurs sen-