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l’ombre s’efface

C’est une âme complexe. Pense à l’âge tendre qu’il avait ! Vingt et un ans ! Il est permis d’envisager que ce premier amour sera oublié et qu’il fera, comme toi, un mariage heureux.

— Je le souhaite de tout cœur, acquiesça Jacques, pensif. Je ne voudrais pas qu’Hervé restât célibataire avec un souvenir morbide. J’avoue même que je serais soulagé de le savoir engagé dans des liens nouveaux.

Le sujet fut alors clos et ces messieurs entreprirent une discussion qui me parut aride.

Je songeais aux paroles de M. de Gritte, et j’avoue que maintenant j’eusse aimé connaître cet Hervé, dont le caractère donnait lieu à ces réflexions variées.

Soudain, M. de Gritte s’adressa à moi :

— Vous ne vous amusez pas, ma chère enfant ! Je vais vous conduire dans un petit salon où vous trou­verez de quoi vous distraire, avec une collection de portraits d’artistes.

Rien ne pouvait me faire plus de plaisir. Je suivis le maître de la maison et il me fit entrer dans un délicieux boudoir qui devait être, sans doute, le coin favori de sa femme. Il m’installa dans un siège con­fortable, posa devant moi des albums et retourna près de mon mari.

Quelques minutes passèrent dans la délectation de courtes biographies d’artistes. Des gravures accompagnaient ces présentations qui m’intéressaient vive­ment. Je comprenais ces vies d’efforts, de lutte, de succès et de déboires. Je sympathisais avec ces apôtres de l’art et je me disais en riant que si je n’avais pas rencontré mon cher Jacques, je serais peut-être parmi ces grandes danseuses !

Je manquais sans doute de modestie, mais personne n’était là pour me contredire. En somme, je ne faisais que rendre justice à M. Labatte qui m’avait guidée.

Alors que je me complaisais dans ces pensées amu­santes, la porte s’ouvrit et une tête charmante glissa dans la fente de la porte. À ma vue, le corps suivit, et je vis devant moi un jeune homme beau comme un dieu.

Il me salua avec élégance, me sourit, et je lui rendis ce sourire.

— Je suis Hervé de Gritte.