Page:Fiel - Le fils du banquier, 1931.djvu/10

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On prévoyait déjà l’homme d’affaires qui ne laissait rien au hasard. Il n’était ni souriant ni phraseur, mais catégorique. Malgré cet aspect un peu sec, il plaisait beaucoup à Gérard.

Le professeur entra. On lui avait annoncé la visite du jeune homme et il s’avança vers lui, la main tendue, avec un sourire de bienvenue.

— Quel heureux jour ! Comment se porte mon vieil ami Manaut ?… Toujours alerte ?… La vie de chiffres ne le fatigue pas ?

Gérard voyait devant lui un homme brun encore avec des yeux vifs et mobiles, dont le regard fouillait l’âme. Un air de bonté, cependant, tempérait l’éclat de ses yeux, et le jeune Parisien fut bien vite à l’aise.

Il répondit aux questions de son hôte et lui transmit les souvenirs de son père. Il donna des détails sur l’existence du banquier, sur son travail, son endurance, sur l’éveil constant qu’il fallait posséder en affaires de banque.

M. Laslay l’écoutait, intéressé, comparant son labeur plein d’élévation, mais cependant souvent monotone, à cette agitation incessante, à cet imprévu des cours de bourse sous lesquels se dissimulaient et la ruine et l’ascension rapide. Homme de silence et de rêve, M. Laslay écoutait Gérard qui, plein de son sujet, jetait des termes techniques, se grisant légèrement de cette science bancaire dans laquelle il vivait depuis toujours.

Il dit :

— J’aimerais revoir Manaut et Paris… Malheureusement, la traversée est chère pour une famille comme la nôtre… Je pense d’ailleurs obtenir sous peu un autre poste en France… Cela me compensera de mes années d’exil…

— Je sais déjà que votre fils aîné se propose de rester à New-York…

— C’est tentant pour des jeunes gens… le développement est considérable ici pour les affaires… Marcel se sent une vocation d’industriel… Il a des exemples tellement miraculeux sous les yeux que je comprends sa résolution.

— Il me faut l’action dans un cercle étendu, posa le fils Laslay, comme un homme qui voit son but.

— Nous envisagions notre avenir avec plus d’insouciance… dit pensivement son père…

— Aujourd’hui, nous devons travailler sérieusement, répliqua Marcel… La vie est devenue sévère et nous devons être attentifs aux tournants… Il y a des virages qui sont brusques…

— Vous avez raison de prévoir… Et vous, Gérard, quelles sont vos opinions, vos ambitions ?

Gérard rougit. Qu’avait-il fait jusqu’alors ?… que pensait-il ? Il s’étonnait de cette question. Son père ne lui épargnait-il point