Page:Fiel - Le fils du banquier, 1931.djvu/24

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


— Gérard viendra-t-il ce matin ?

— Ni ce matin, ni ce soir, mon enfant… Il prendra le paquebot tout à l’heure…

— C’est une trahison !… s’écria Denise hors d’elle.

— Non, c’est sur mon instigation que ces arrangements ont été convenus… Gérard voulait venir pour t’exprimer sa douleur, ses regrets… Je l’en ai dissuadé… Que serait-il résulté de plus ? Une scène de larmes qui l’aurait affaibli, et il a besoin de tout son courage… Il ne pouvait te laisser aucun espoir, ma petite enfant… Que trouvera-t-il à Paris ?… Les créanciers de son père qui s’acharneront sur leur appartement… Demain, Gérard ne sera plus qu’un travailleur anonyme…

Denise, dans un tableau rapide, vit Gérard petit employé se rendant à son bureau.

Elle trouvait odieux de sa part d’abandonner son fiancé à un sort si différent. Elle eût voulu le réconforter et l’assurer que la fortune ne comptait pas pour elle. Accoutumée à une existence toute d’économie, elle eût continué de vivre les heures précaires, toutes d’abnégation.

Elle aurait eu besoin de le persuader de ses sentiments. Timidement, elle formula ses pensées à son père.

— Non, ma chère petite fille, ce que tu demandes là est impossible…D’ailleurs, Gérard n’accepterait pas ton sacrifice. Il est nécessaire que sa nouvelle existence prenne corps. Il ignore ce qui l’attend à Paris et ne pourra te laisser aucune promesse… ou du moins, elle serait fort aléatoire… Crois-moi, il vaut mieux briser là… Sois forte, oublie ce rêve…

Denise éclata en sanglots.

— Ma chère petite fille, murmura Mme Laslay en l’embrassant, ne te laisse pas aller à ton chagrin. Tu retrouveras le bonheur… Je regrette Gérard avec son cœur si chaud… Il se montrait si heureux de nous plaire… C’était un autre fils pour moi… Mais je pense comme ton père… Il a bien agi et n’avait pas le droit de te laisser des illusions…

La jeune fille se calma. Elle enleva lentement sa bague. Avec ce bijou s’enfuyait la joie de vivre. Son père enferma le précieux joyau sans révéler que Gérard le lui laissait en dépôt. Il rassembla de même les différents objets de prix que le jeune homme avait distribués, en songeant qu’un jour, peut-être, le malheureux pourrait en avoir besoin.

Mme Laslay emmena tout de suite Denise à l’église de leur paroisse. Elle voulait qu’en face de Jésus qui avait tant souffert, sa pauvre enfant se reprît. Denise éprouva le plus grand réconfort de cette station dans le sanctuaire. Le silence, la paix profonde, dans lesquels s’éleva sa prière, atténuèrent sa déception.

Elle revint plus sûre d’elle, éloignant autant qu’elle le pou-