Page:Fiel - Le fils du banquier, 1931.djvu/26

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Elle sortait de ces entretiens rassérénée, se confiant au destin qui résoudrait son cas. Elle travailla davantage, s’attachant aux élèves que son père lui procurait. Elle parlait d’eux, demandant de quelle manière elle arriverait à leur faire mieux Comprendre ce qu’elle leur enseignait.

Ses parents suivaient avec une joie admirative son effort constant. Dorénavant, leur fille serait fortifiée contre l’adversité, car son âme s’élevait chaque jour.

Le « pauvre Gérard » remplissait ses malles. Il ne pouvait qu’établir un triste parallèle entre son arrivée pleine de joyeuse curiosité et ce départ qui recélait tant de tristesse et de regret Il pensait beaucoup à son père, beaucoup plus peut-être qu’à Denise. Il lui semblait que la jeune fille possédait moins de raisons d’être plainte parce qu’elle se replaçait dans le cadre où elle se trouvait avant ses fiançailles. Emporté par le tourbillon de ses pensées, il ne mesurait pas exactement l’étendue de la déception de Denise.

Pour son père, son esprit ne cessait de travailler. Il se l’imaginait dans son bureau, dictant des lettres, cherchant un moyen de remonter le courant. Mais il ne pouvait s’empêcher de songer que ces plans nouveaux recommençaient à un âge où les forces diminuent. Puis, c’étaient des années de labeur qui s’engloutissaient dans le néant et ce n’était pas sans un serrement de cœur que Gérard évoquait le désarroi où devait se débattre le banquier.

Quel abîme entre les deux mots : riche, pauvre… Quelle chute affreuse pour un homme qui ne savait plus vivre autrement que dans le confort !

Qu’il tardait à Gérard d’être près de son père pour l’aider à supporter ces soucis inattendus. Cependant, confiant en la solidité du cerveau de M. Manaut, il espérait qu’il se serait déjà ressaisi et qu’il arriverait, lui, pour écouter un programme tout établi.

Certainement, il s’exagérait ses craintes. Il voyait tout en noir et il attribuait cet état d’âme à l’éloignement. Que de fois son père ne lui avait-il pas cité des collègues que la tourmente atteignait et dont il disait : Ils pourront s’en remettre en procédant de telle ou telle façon… Il faut voir vite et oser… L’essentiel est de ne pas laisser constater une faiblesse… En affaires, c’est comme dans un combat de chiens… celui qui touche terre a vite la meute sur son dos…

Gérard se rappelait toutes ces paroles et il était convaincu que son père se relèverait de ce coup. C’est pourquoi il ne s’apitoyait pas trop sur le sort de Denise. Son espoir de reprendre les pourparlers interrompus germait, maintenant que la première secousse était passée.