Page:Fiel - Le fils du banquier, 1931.djvu/39

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— Je n’envisageais pas ton retour sans effroi… Je craignais des paroles de regret qui n’auraient ajouté qu’à ma pe—ine, sans nous sortir de cette impasse. Je t’avais tant choyé ! Tous mes efforts et ma joie tendaient à t’épargner le moindre des soucis, je te voulais heureux, toi, enfant sans mère !… Je ne prévoyais pas ton attitude… Tu aurais pu te retourner contre moi et m’accuser de te plonger dans un présent insupportable. Grâce à Dieu, tu as du cœur !… Je constate que tu as pris ton parti de cette déception et que tu es prêt à affronter le sort. On est plus fort quand on n’a pas à remonter le moral de celui qui vit à vos côtés… Merci, bon et cher Gérard, de te savoir si noblement prêt à supporter l’épreuve…

Le jeune homme, dans son émotion, ne put que balbutier :

— Mon père !… mon père !…

Il s’était incliné sur l’épaule du malade et il entendait, non sans gêne, ces paroles, car il était loin d’éprouver la sérénité qu’il affectait.

Un affreux dégoût de la vie envahissait subtilement son âme, et il s’interrogeait loyalement. Résisterait-il aux heures de misères multiples qui se profilaient devant lui ?

Il ne se sentait un peu de courage que pour cacher à son père la détresse qui inondait son cœur. Il n’avait plus de goût à quoi que ce fût et nul ressort pour lutter.

Il savait que, hors de la vue de son père, il ne serait plus qu’une loque secouée à tous les vents. Un chaos roulait dans sa tête, une courbature ankylosait ses membres, et son cerveau, figé par tant d’imprévu, se refusait à toute initiative.

— Nous sommes deux énergiques, reprit M. Manaut. Je ne te connaissais pas, je ne savais pas que tu avais hérité de mon activité. Je te croyais un peu mou, te laissant vivre au gré des circonstances…

— Nous sommes deux énergiques, répéta Gérard. Ne crains rien, je lutterai…

Pendant qu’il prononçait ces mots, sa pensée se vidait de toute force et il voyait de moins en moins clair devant lui. La réalité dépassait tout ce qu’il avait imaginé. Il ne comprenait pas que la pauvreté qui l’attendait ne conservât pas une certaine élégance. Mais, subitement, c’étaient les quatre murs exigus et nus, sans pain dedans.

Son père allait lui parler quand leur vieil ami entra