Page:Fiel - Le fils du banquier, 1931.djvu/85

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Maintenant, il lui venait que sa pauvre mère, qui détenait peut-être deux heures de repos entre le déjeuner et le dîner, ne pouvait guère les utiliser à courir le boulevard ou le Bois… Petit à petit, il n’avait plus rien demandé et il avait oublié de s’intéresser à la gardienne du logis.

Les quelques paroles de Mathilde lui faisaient reconnaître son manque de perspicacité, son ingratitude pour tant de dévouement caché qui paraissait naturel parce qu’il était forcé par la nécessité.

— Des femmes d’ouvriers meurent à la peine, avait murmuré la jeune fille, alors, il est juste que le mari reconnaisse le mal qu’elles se donnent.

Quant à son père, il avait pris cette place de veilleur parce qu’elle rapportait davantage. Il prenait sa veille à 9 heures du soir pour rentrer le matin à 6 heures. Il dormait jusqu’à midi, déjeunait et se recouchait encore deux heures. Puis, il allait faire quelques courses pour son usine, ce qui augmentait sa paye…

Germain arriva chez lui. Son nouvel embarras se masqua sous une apparence joyeuse :

— Tiens ! la mère !… tu es là, toute seule ?

Etonnée, Mme Plit regarda son fils. Jamais, depuis qu’il était revenu du service militaire, elle ne l’avait vu à cette heure et jamais il ne s’était inquiété de sa solitude.

Elle répondit simplement sans laisser percer d’attendrissement :

— Mais oui, Germain… Où voulais-tu que je sois ?

A côté d’elle, sur une chaise, un livre était ouvert. C’était son paroissien.

Ses fils connaissaient sa piété et ils savaient aussi que leurs exigences ne lui avaient pas toujours permis de suivre les offices. Elle les y avait conduits quand ils étaient plus jeunes, mais ils avaient perdu l’habitude de l’y accompagner. Ils aimaient y retourner aux grandes fêtes cependant. C’était un gros chagrin pour Mme Plit de voir ses enfants négliger leurs devoirs religieux, et son angoisse, aujourd’hui, était de savoir ce que serait cette belle-fille que lui annonçait son aîné.

— Alors, mon gas, Mathilde Bodrot t’a fait bonne impression dans son cadre ?

— Oh ! oui… elle est sérieuse, et le logement est coquet… Puis, il n’y a que des filles et elles parlent doucement à leur père…

Mme Plit observa son fils. Aurait-elle le bonheur d’avoir pour bru une jeune fille comme elle la souhaitait ? Serait-elle récompensée d’avoir vécu solitaire au milieu de ses cinq hommes ?

— Où est le père ?… demanda Germain.

— Il est allé trouver le père Mathurin pour une affaire de