Page:Fiel - Le fils du banquier, 1931.djvu/86

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l’usine… Mais, dis-moi, elle viendra me voir, ma future belle-fille ?

— Pour sûr… Elle t’arrivera pendant la semaine… Je lui ai dit que tu ne sortais que le matin pour tes provisions… Elle veut te parler à cœur ouvert… et m’a dit : « Je veux très bien connaître la mère de mon mari… J’ai perdu ma mère et je veux en avoir une à mon tour… »

Ces paroles émerveillèrent Mme Plit. Serait-il vrai qu’elle pût espérer une jeune compagne, un alliée dans la femme de son fils ? Un peu de douceur entrerait donc dans cette maison. Elle ne se plaignait pas de ses garçons, certes, si sérieux, si bons au demeurant, mais d’écorce un peu fruste malgré tout.

— Ah ! elle dit cela ?… murmura-t-elle.

— Oui, tu la trouveras avisée et entendue… L’intérieur est soigné et le père Bodrot est toujours proprement tenu… Les deux jumelles sont mignonnes et Mathilde les a bien élevées… Dame ! elle aime l’ordre, et pour la commodité du commandement elle prétend qu’un maître suffit… Pourtant, elle consulte toujours son père… Mais on voit qu’elle tient bien la place de sa mère…

— Elle est pieuse ?

— Je crois qu’il faudra que je « rapprenne » à aller à la messe tous les dimanches. Elle m’a soutenu que c’était un bienfait pour l’esprit et un repos pour le corps…

Mme Plit évita de lever les yeux vers son fils, car son regard avait un tel rayonnement de bonheur que Germain en eût été ébloui.

Elle ne lui dit pas non plus : « Si tu m’avais écoutée, tu n’aurais pas besoin de réapprendre… » En son cœur, elle bénit la jeune fille, et, à partir de ce moment, elle l’attendit avec autant d’impatience que de confiance.

Mathilde vint le mercredi après-midi.

— C’est bien ici qu’habite Mme Plit ?

— C’est moi, Mademoiselle…

Dans cette personne sans timidité, portant un air riant, elle ne crut pas d’abord voir sa future bru, tellement cette attitude lui paraissait supérieure. Mais tout de suite elle comprit que cette jeune fille au teint florissant, aux yeux droits, avait ce ton vibrant par franchise et amour de la netteté.

— Je suis Mathidc Bodrot… Comme vous le savez, votre fils Germain veut se marier avec moi, et je suis venue vous trouver pour savoir si je vous plais… N’ayant plus de mère, je désire en trouver une dans celle de mon mari…

— Oh ! mon enfant… murmura la pauvre femme émue.

Mathilde s’assit près de Mme Plit.

Les deux femmes causèrent. Tout de suite, la mère fut à l’aise et admira le cœur sans détours de la jeune fille.