Page:Fiel - Le fils du banquier, 1931.djvu/87

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Germain Plit revint un peu plus tôt, le patron Bodrot lui ayant confié vers la fin de l’après-midi que Mathilde devait être chez sa mère. I1 était très tourmenté, se demandant comment sa future, si vivante, s’arrangerait de Mme Plit, si humble dans son maintien et dans ses paroles. I1 arriva, cachant sous un air gai la préoccupation qui le hantait.

— Bonjour, Mademoiselle Mathilde !… Bonjour, la mère !…

Sans un regard pour sa mère, ses yeux se dirigèrent tout de suite vers celle qui était sa fiancée en son cœur. La jeune fille, avait tressailli devant cette manière désinvolte de saluer.

Cependant, elle affecta de ne pas s’en être aperçue, et elle dit gentiment :

— Nous nous entendons fort bien, votre chère maman et moi… elle a un grand cœur…

Germain, alors, jeta un coup d’œil sur sa mère et il lui vit un visage rayonnant qui lui rappela soudain celui qu’elle avait en sa jeunesse… Celui que ses fils auraient peut-être pu lui conserver s’ils étaient restés doux et attentionnés.

— Oh ! oui, riposta Mme Plit, ce sera là, je le crois, une bien chère enfant…

— Et moi, j’aurai une bonne mère… Gare à qui lui fera de la peine !… Et vous, Germain, vous allez l’embrasser en l’appelant maman, comme au temps de votre enfance… Cette appellation de « la mère » est si peu amicale et respectueuse…

Gênée, Mme Plit attendait le baiser de son fils. Plus que l’indifférence, une sorte de pudeur ne leur permettait plus des démonstrations oubliées depuis longtemps. Quand ils étaient plus jeunes, pourtant, Germain, ainsi que ses frères, embrassaient leur mère à chaque rentrée au logis, mais seul encore le cadet conservait cette habitude.

Il s’avança gaiement vers sa mère, le grand Germain, et gentiment, sur la prière de Mathilde, il lança :

— Bonjour, maman !… Je suis content que toi et Mathilde, vous vous accordiez bien…

Mme Plit rayonnait. Après avoir échangé encore quelques points de vue, Mathilde partit, ne voulant pas que Germain l’accompagnât. Elle n’avait pas encore donné son consentement ferme et elle ne voulait pas une trop grande familiarité entre elle et lui.

Quand elle fut hors du logis, Mme Plit eut un élan vers sont fils et lui dit :

— Merci, mon garçon, d’avoir amené une telle jeune fille chez nous… C’est une femme qui saura commander parce qu’elle est entendue, et qui saura obéir parce qu’elle est juste… Remercions Dieu de t’avoir éclairé…

Germain sentait une fierté l’envahir. Il était à un de ces points