Page:Fiel - Le fils du banquier, 1931.djvu/88

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de la vie où on sent qu’un changement heureux va en transformer le cours. Il était satisfait aussi de redevenir avec sa mère l’enfant qui s’épanche.

Pendant que Mme Plit et son fils commentaient ces événements, Mathilde retournait, songeuse, chez elle.

Mme Plit lui plaisait beaucoup ; elle la jugeait très bonne. Mais elle lui reprochait de n’avoir pas su garder l’intégrité de son autorité maternelle. Peut-être n’avait-elle pas su, ou, fatiguée, n’avait-elle pas eu la force de réagir contre les procédés masculins, toujours tendus vers l’indépendance.

Mathilde, qui réfléchissait aux conséquences, pensa que Germain Plit était mal formé et qu’elle aurait du mal à redresser ses travers. Deux perspectives se présentaient à elle : ou elle serait traitée comme il traitait sa mère, c’est-à-dire en quantité négligeable, ou il serait le compagnon rêvé.

Le patron Bodrot accueillit sa fille avec curiosité :

— Eh bien, fillette, es-tu satisfaite ?

— Il y a du pour et du contre… répondit-elle franchement.

Mme Plit ne te plaît pas ?

— Elle est tout à fait gentille, mais elle a laissé ses fils prendre de mauvaises façons…

— Oh ! tu m’étonnes… Plit est très avenant…

— Je le sais, parce que nous sommes patrons… Mais… il manque de politesse et traite sa pauvre mère avec une indifférence pénible…

— Ma petite fille, il ne faut pas trop demander aux ouvriers.

— Pourquoi, papa ?… ils ont une intelligence et un cœur pour s’améliorer… Pourquoi resteraient-ils grossiers ? J’ai entendu des voisines dire : « Une telle est partie de chez elle parce que son mari la traitait avec trop de brutalité !… » Les femmes des ouvriers ne doivent-elles donc connaître que la misère et les coups ? Et on s’étonne ensuite que le premier beau parleur venu les entraîne !… Je veux un mari qui soit mon compagnon et je veux être son égale… Je ne veux pas de ces airs arrogants pour me commander, ni d’un bonjour qui aura l’air de me reléguer au rang d’une personne dont on néglige les avis…

— Ma petite, ma petite, murmura Bodrot, tu as une ambition de riche…

— De riche, mon petit papa ?… dis plutôt d’une femme de cœur… J’ai déjà rendu la vie meilleure à Mme Plit en forçant son fils à l’embrasser en l’appelant maman…

— Eh ! tu vas vite en besogne !… dit en riant Bodrot, mais Plit est intelligent et il comprendra ce que tu attends de lui… Mais, entre nous, n’as-tu pas subi l’influence de la visite de Manaut ? N’est-ce pas lui qui, par ses manières si polies, t’a fait désirer cette façon d’agir chez nous autres ?