Page:Fiel - Le fils du banquier, 1931.djvu/92

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Elle était confondue. Germain lui dit :

— On va boire un peu de vin chaud.

Les quatre garçons tirèrent chacun de leur gousset une partie de la somme que devait coûter cet achat. Il n’y avait pas de vin en provision, chez les Plit.

Gérard s’était défendu, craignant qu’il fût la cause de cette dépense, mais on le fit taire.

Le plus jeune des fils alla chercher le vin et sa mère se mit en devoir de le préparer.

Lasse de sa journée, elle n’eut cependant aucune récrimination contre ce surcroît de fatigue.

Gérard la vit se lever péniblement de son siège pour disparaître dans sa cuisine. Elle en revint avec des verres et des cuillères sur une assiette à fleurs. Elle marchait comme une créature ayant ressenti toutes les fatigues, et une pitié émouvait le cœur du jeune homme.

Personne ne songeait à l’aider ni à s’excuser du mal qu’elle se donnait. Elle était la femme de l’ouvrier, sa servante quand elle était trop débonnaire, celle qui a accepté d’assumer les tâches ingrates du ménage sans être plainte.

Gérard murmura :

— Nous vous infligeons une grande peine, Madame… Si nous vous aidions ?…

Les cinq hommes regardèrent, stupéfaits, celui qui parlait.

N’étaient-ils pas éreintés aussi par leur journée ? N’était-ce pas abdiquer leur dignité que de s’abaisser à une besogne ménagère ?

Et puis, quel courage avait ce jeune homme d’oser proposer une chose aimable !… Si l’un des fils l’eût pensée, jamais elle n’eût dépassé ses lèvres, de crainte que ses frères ne se moquassent de lui.

Le respect humain paralyse souvent l’ouvrier.

Mme Plit fut encore la plus surprise, et si son visage n’eût pas été recuit par la vapeur des lessives, la buée des repassages et le feu du gaz, elle eût rougi de confusion.

Cependant, elle conserva sa présence d’esprit pour protester gentiment :

— J’ai l’habitude… Ne vous faites pas de mauvais sang… Mais je vous remercie pour votre amabilité…

Les garçons, pourtant, avec un embarras qu’ils masquaient par des rires et des plaisanteries, arrangeaient les verres sur la table.

L’un d’eux alla chercher la soupière où fumait le vin.

Pour la première fois de sa vie, Mme Plit, servie, arriva les mains vides.

Germain sortit avec Manaut pour l’accompagner. Le vin