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CHAPITRE VIII


Ce fut en chantonnant que Prudence se leva le 1er octobre. Elle trouvait la vie incomparable. Son sommeil n’avait même pas été troublé par ses lauriers futurs, bien qu’en s’endormant, elle pensât aux ovations qui l’attendaient.

Elle se voyait, s’avançant sur la scène, les lèvres fleuries de sourire, le fard du succès aux joues, les bras chargés de roses, envoyées par ses admirateurs… Elle supprimait trente ans de moins à son âge, et elle apparaissait comme une sylphide.

Le sommeil l’avait prise durant ces enivrants mirages, et elle s’était réveillée éperdue de joie. Son départ s’accomplissait dans les meilleures conditions…

Quand elle eut servi le petit déjeuner, elle s’attabla devant son café et ses tartines de beurre. Elle portait la cuillère à sa bouche, quand Jacques vint :

— Ah ! bonne Prudence, je vois votre figure réjouie et je vais vous combler de plus de bonheur encore : Je suis fiancé !…

Une bombe eût éclaté aux pieds de Prudence qu’elle n’eût pas ressenti un choc plus effroyable.

Elle bondit littéralement de sa chaise en suffoquant. Sa cuillère tomba, son bol de café se renversa, et elle cria :

— Vous allez vous marier !