Page:Fierens-Gevaert, La renaissance septentrionale - 1905.djvu/109

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Parmi les nombreux tombeaux inspirés du cénotaphe de Philippe le Hardi, l’un des plus remarquables est celui de Philippe Pot, fils de René Pot, seigneur de la Rochelle (musée du Louvre). On avait cru pouvoir l’attribuer à Antoine le Moiturier, mais il a fallu renoncer à cette hypothèse. Appartenant à l’école de Dijon, cette œuvre admirable garde un dispositif puissamment original. Le gisant, vêtu de sa cotte d’armes, casqué, l’épée au flanc, les mains en prières, repose sur une dalle que huit plourants portent sur leurs épaules. Ils ont le visage masqué par la cagoule de deuil, la tête penchée, les écussons d’alliance de leur maître au bras et glissent sur le sol comme des fantômes. L’effet s’augmente de ce qu’aucune paroi ne se dresse entre eux, et la tombe semble perpétuer le tableau des pompeuses obsèques de Philippe Pot, grand sénéchal du duché de Bourgogne, filleul de Philippe le Bon, chevalier de la Toison d’or, puis dans la suite, après la débâcle de Charles le Téméraire, chambellan de Louis XI, chevalier de Saint-Michel, chevalier d’honneur du parlement de Bourgogne et gouverneur de cette province. Ce puissant seigneur qui courtisait habilement la fortune, mourut en 1494 à l’âge de soixante-six ans.

Toute la sculpture française du xve siècle est tributaire de l’école de Dijon — aussi bien l’école de la Loire représentée par un élève de Beauneveu, Jean de Cambrai qui sculpte le tombeau du duc Jean de Berry, (achevé par Étienne Robillet et Paul Mosselman), que l’école provençale illustrée par Jacques Morel de Lyon, auteur des magnifiques tombeaux de Charles Ier, duc de Bourbon et d’Auvergnes, et de sa femme Agnès de Bourgogne (Souvigny). L’art des Sluter et des Van de Werve jette ses lueurs suprêmes dans l’œuvre de Michel Colombe qui sculpte à Nantes le tombeau de François II, duc de Bretagne, et de sa femme Marguerite de Foix. Nous touchons au XVIe siècle ; l’esprit italien commence à se répandre ; les Mécènes adoptent sans mesure les modes ultramontaines ; une phase nouvelle de la Renaissance va s’ouvrir. Mais l’Italie elle-même au commencement du XVe siècle n’avait point ignoré le génie novateur des Flamands. Jacopo della Quercia dans ses draperies agitées et compliquées, dans l’ordonnance de son tombeau d’Ilaria del Careto, Niccolo dell’Arca dans les vêtements tourmentés de ses madones, Ghiberti dans les draperies collantes de ses premières œuvres, Donatello dans le Zuccone, le Jérémie du Campanile, le Saint Louis de Sainte-Croix sont tous plus ou moins disciples de l’école bourguignonne, connue dans les ateliers italiens par des moulages et par les œuvres du mystérieux ermite que mentionnent les Commentaires de Ghiberti. Pour Courajod l’art international du XIVe siècle,