Page:Fierens-Gevaert, La renaissance septentrionale - 1905.djvu/113

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transparence et une fluidité siennoise ou colonaise dans le tissu des hachures finement traitées à la tempera. Pour employer la technique traditionnelle, Jean Malouel n’en est pas moins en avance sur Broederlam. L’un de ses anges a le front orné d’une croix, particularité que les Van Eyck adopteront plus tard. Le même détail se retrouve dans la Pietà du musée de Troyes, tableau très éprouvé[1].

Le Martyre et la Dernière Communion de saint Denis provient de la Chartreuse de Champmol. Le centre est occupé par le Christ en croix. Son sein ouvert laisse échapper un ruisseau de sang gras, et sa tête couronnée d’épines rappelle, avec un accent plus populaire, le Christ du tondo. À gauche le saint enfermé dans une tour à coupole, — architecture évidemment méridionale, — reçoit les espèces sacrées, tandis qu’à droite, entouré d’une foule animée, un bourreau, à trogne terrible, routier de guerre ou valet de sang saisi au vif, cambre le torse comme l’acier tendu d’une arbalète, lève la hache monstrueuse et détranche le martyr. Le réalisme de cette figure est d’un pittoresque sans précédent. D’autre part il est certain que l’auteur de ce tableau a subi les influences des œuvres italiennes désignées alors sous le nom « d’ouvraiges de Lombardie ». Le fond est encore doré ; la tonalité générale, douce, diaphane, s’apparente au coloris de la Pietà du Louvre. Il n’y a point de raisons sérieuses pour attribuer ce Martyre de saint Denis, ainsi qu’on le propose, aux neveux de Malouel, les frères Limbourg, ni à l’artiste mystérieux connu sous le nom Maître de Flemalle, lequel n’ignore aucune des conquêtes techniques des Van Eyck.

Henri Bellechose[2], le successeur de Malouel à la Cour de Dijon, était originaire du Brabant. Il fut nommé peintre et valet de chambre de Monseigneur Jean sans Peur le 23 mai 1415, mais depuis longtemps il travaillait en Bourgogne. Il fut très employé pendant sa carrière à peindre des étendards, bannières, pennons, écussons, chariots ; c’est lui qui dora à plat les cinq retables de Malouel. Sous le règne de Jean sans Peur ses œuvres principales furent « ung grand tableau de histoire du trespassement de Nostre-Dame » et « ung tableau de la vie de saint Denis », ce qui fit supposer un moment qu’il pouvait être l’auteur du Martyre de saint Denis

  1. À rapprocher aussi de ce tableau, un petit panneau du Musée de Gand (n° 70 du nouveau catalogue Maeterlinck) : Le Christ mort soutenu par deux anges.
  2. Cf. Dehaisnes, op. cit. et Prost : Nouvelle source de documents, etc. art. cit. Gazette des Beaux-Arts, 1890.