Page:Fierens-Gevaert, La renaissance septentrionale - 1905.djvu/139

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107 s Quelles furent ces besognes ? Etaient-ce des travaux artistiques ? Sans preuve aucune Waagen attribuait à Lambert une part de collaboration dans les Chroniques de Jérusalem de Vienne qu’il tenait pour une œuvre de la famille Van Eyck ; l'abbé Carton voyait dans ce frère l’auteur du tableau d’Ypres : le Triptyque du prévôt de Saint-Martin d' Yprès et Waagen, admettant cette opinion, en déduisait que Lambert avait peint dans Y Adora- tion les deux sibylles et l'un des prophètes (1). Pures hypothèses qui ne résistent point à l'examen ; la vie de Lambert reste la plus mystérieuse du monde, ce qui n'a point empêché certains archéologues d’en faire hardiment l'un des peintres de Y Adoration.

Les Van Eyck eurent une sœur aussi, on le croit du moins, car l’exis- tence de la célèbre Marguerite Van Eyck affirmée par les vieux chroniqueurs du xvi e siècle n’a pas le moindre petit bout d’archives contemporaines pour se défendre. Lucas de Heere nous dit « qu'elle étonna le monde de ses peintures » qu’elle fut enterrée près de son frère Hubert dans la célèbre église de Saint-Jean, où se trouve Y Adoration de l'Agneau, église qui ne fut consacrée à saint Bavon qu’en 1540. Van Mander ajoute qu'à l’exemple de Minerve, repoussant Hymen et Lucine, Marguerite est demeurée dans le célibat jusqu’à la fin de ses jours. Au xix e siècle un critique renchérissant encore écrivit « qu'elle voulut demeurer vierge, pour que rien ne troublât » son cœur et sa pensée, ne détournât son regard des formes qui lui » apparaissaient.» Le même écrivain découvre même dans les ameublements peints par les Van Eyck « une propreté, une coquetterie, une poétique » élégance, qui révèlent les soins d'une femme et sont dûs vraisemblable- » ment aux efforts de Marguerite ». (2) On attribua à cette ménagère idéale des manuscrits qui soulevèrent des polémiques passionnées. On reconnut le portrait de Marguerite dans une œuvre de Van Eyck; on fit naturellement de cette sœur séduisante et intangible l’un des peintres de Y Adoration de V Agneau. Les trop célèbres faussaires gantois, qui florissaient dans le second quart du xix e siècle, prouvèrent même par des extraits du registre de la confrérie de Notre-Dame Op de rade, de l’église Saint-Jean devenue Saint- Bavon, qu’elle avait fait partie de la dite confrérie avec son frère Hubert. (1) Manuel de /’ histoire de la Peinture, T. I , pp . I0S et suiv. (2) Micliiels : les Peintres Brugeois p. 6 .