Page:Fierens-Gevaert, La renaissance septentrionale - 1905.djvu/18

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Il s’agit maintenant de savoir, si les artistes que Courajod appelle des Flamands, ont été vraiment les promoteurs d’une révolution esthétique et les créateurs du naturalisme moderne. Aux yeux des historiens de l’art, le naturalisme est considéré comme une tendance instinctive des maîtres germaniques et comme l’apanage de l’école flamande plus encore que de l’école hollandaise. Le naturalisme ou le réalisme flamand est un dogme pour les critiques et les esthéticiens qui ont étudié notre art, pour de Laborde qui déclare, dans une page d’ailleurs admirable, « que l’art flamand n’est qu’un portrait », pour son disciple Courajod qui croit définir le style flamand en définissant le naturalisme, pour Waagen qui oppose les Flamands aux Grecs idéalistes, pour Taine enfin qui voit dans notre besoin de vérité, notre esprit positif, notre caractère calme, notre amour du confort, les origines d’un art où domine la matière et que limite la réalité. Les critiques et les philosophes contemporains ne sont pas les premiers d’ailleurs à circonscrire ainsi le champ de notre idéal. Michel-Ange, qui n’aimait point notre art, disait : « En Flandre, on peint de préférence ce qu’on appelle paysage et beaucoup de figures par-ci par-là… Il n’y a là ni raison, ni art, point de symétrie, nul soin dans le choix, nulle grandeur… Si je dis tant de mal de la peinture flamande, ce n’est pas qu’elle soit entièrement mauvaise, mais elle veut rendre avec perfection tant de choses, qu’elle n’en fait aucune d’une manière satisfaisante. [1] » Remarquons que cette boutade échappe au peintre de la Sixtine à une époque où les Flamands commencent à se troubler singulièrement devant la beauté italienne et reconnaissons qu’il y a peut-être une petite part de vérité dans la critique du Buonarroti.

Présentée en bloc et opposée à l’école italienne par exemple, l’école flamande se distingue par sa physionomie « naturaliste ». Admettons l’épithète. Ne soyons pas des naturalistes honteux ; gardons notre étiquette hardiment arborée par les Bruegel, les Teniers, les Brouwer. Mais que de nuances, et comme le mot sonne faux, appliqué à quelques autres de nos maîtres ? Est-ce un réaliste que Memling ? Trouve-t-on que la matière domine chez Quentin Metsys ? N’y a-t-il chez Rubens que l’amour des couleurs et des chairs éclatantes ? N’est-ce point la grâce fluide et spirituellement grave des portraits anglais de Van Dyck qui fit éclore en Angleterre une peinture tout idéaliste ? Ne sait-on pas qu’au XVe siècle, qui disait flämisch disait élégance, beauté harmonieuse ? Nombreux sont les con-

  1. Cité par H. Taine. Philosophie de l’Art. Hachette. 8e éd. T. 1, p. 305 et 306 (en note).