Page:Fierens-Gevaert, La renaissance septentrionale - 1905.djvu/218

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170 — de Jean, ni dans la Vierge, ni dans les volets, ni dans les grisailles de l'extérieur. L’œuvre est tuée ; pourtant la conception de l’ensemble, certaines particularités du paysage dénoncent l’origine du « cadavre » et subsistent comme de perpétuels accusateurs du forfait.

%A’ Jean Van Eyck mourut en juillet 1440. Lucas de Heere, dans son Ode, dit : Tôt fut ravie à la terre eette noble fleur. Mais Van Mander rectifie déjà son maître: « Je ne tiens pas pour exacte», dit-il, « sa mort prématurée». Selon toute vraisemblance, Jean avait une cinquantaine d’années en mourant. Il versa la rente de sa maison au chapitre de la cathédrale jusqu’en 1440. Elle fut ensuite servie par sa femme jusqu’en 1443, année où elle vendit la maison à Herman Reysseburch. Les frais des obsèques s’élevè- rent à douze livre parisis le prix le plus généralement payé et nullement le maximum. Ses funérailles furent donc modestes. On sentit pourtant toute l’importance de sa perte puisque pendant trois siècles on célébra en juillet une messe anniversaire pour le repos de son âme dans cette cathédrale de Saint-Donatien que décorait l’un de ses plus liants chefs-d’œuvre. La Révolution française, en détruisant l'église, fit cesser la commémoration. Le peintre fut inhumé à l'extérieur du chœur. Mais une note des Acta capitularia de 1442 dit que le 21 mars, à la prière de Lambert, frère de Jean Van Eyck, le corps de l’artiste « solemnissimi pictoris », enseveli dans le pourtour extérieur, fut transféré avec la permission de l'évêque à l'inté- rieur de l’église, près des fonts baptismaux. Près de la sépulture une colonne portait une épitaphe latine que Van Mander et Van Vaernevvyck nous ont conservée. Voici la traduction de ce panégyrique que l’humanisme des Flandres a teinté de ses élégances et de son érudition. (1) Ici repose l’illustre Jean, d’un mérite admirable, Qui personnifia le don merveilleux de la peinture. Il peignit des formes vivantes et les herbes fleuries du sol, Mettant une âme en chacune de ses œuvres. C’est pourquoi il surpasse Phidias, Apelle Et Polyclète, qui lui aussi, ne l’a point égalé. Qui ne s’écriera : Cruelles, cruelles les Parques Qui nous enlevèrent un tel homme. Ecrivons de nos larmes ce fait immuable. Et qu’il vive désormais au Ciel pour prier Dieu. (1) Cf. le texte latin dans Hyinans : le Livre lies Peintres, p. 41 .