Page:Fierens-Gevaert, La renaissance septentrionale - 1905.djvu/24

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L’explication de ce phénomène est aisée. Nos meilleurs maîtres suivaient leurs seigneurs à Paris ou s’y installaient de leur propre gré, voulant vivre au cœur de la production. De nombreux orfèvres et hauteliceurs flamands habitaient la capitale française. Le sculpteur Jean-Pépin de Huy et le peintre Pierre de Bruxelles furent reçus bourgeois de Paris dans le premier quart


La Vierge avec l’Enfant
Pierre, XIVe siècle (Portail sud de l’église de Hal)
du XIVe siècle ; Jean de Bruges et Jean de Liège furent, le premier peintre, le second maître-tombier de Charles V, et ces quatre artistes, avec Jean de Beaumetz d’Arras, et André Beauneveu, de Valenciennes, collaborèrent puissamment au mouvement nouveau[1]. Mais, aussi, ils venaient d’un pays singulièrement riche et développé.

Et surtout ils venaient d’un pays où la démocratie jouait un rôle dominant. Avant d’être dans l’art, le naturalisme fut dans les cœurs. Le vrai souverain des Flandres, au XIVe siècle, c’est le Ruwaert de Gand, c’est Jacques Van Artevelde, « l’esmouveur du peuple », le Rienzi du Nord. On a dit cent fois à quel point nos cités d’alors s’étaient enrichies et comment l’orgueil communal s’est symbolisé dans des monuments impérissables. Certes, les communes italiennes, à la même époque, grandissaient en gloire, en richesse, en beauté. Mais l’opulence flamande, qui trouvait sa source dans une industrie essentiellement populaire : la fabrication des draps et des étoffes de laine, gardait une empreinte plus profondément démocratique.

  1. Rien n’éclaire mieux ce qui se passa alors que ce qui se produit aujourd’hui. La jeune Belgique se développe d’une manière prodigieuse au point de vue industriel, commercial, artistique, littéraire. Mais le pays est petit. Ses artistes ont besoin de la consécration parisienne ; un grand nombre d’entre eux se fixent à Paris, — surtout les écrivains — y réussissent, et, comme Maeterlinck, exercent une large action sur leur temps.