Page:Fierens-Gevaert, La renaissance septentrionale - 1905.djvu/47

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les miniaturistes italiens installés en France. Les figures du beau groupe de l’Annonciation enveloppées d’harmonieuses draperies ont la synthétique noblesse des figures trécentistes. Telle aussi la Vierge toute giottesque de la Fuite en Egypte, tel encore le Créateur planant dans les nuages et où le dogme du naturalisme



Saint Louis.
Fresque de l’église de Notre-Dame, Bruges. XIVe siècle.
D'après une copie à l’aquarelle de M.C. Tulpinek.
flamand faisait voir autrefois le buste d’un brave paysan.[1] La Vierge et l’Ange de l’Annonciation ont des visages et des vêtements plus animés ; l’enluminure flamande de la fin du XIVe siècle, luttant contre l’esprit français, abonde en figurines de ce genre. Mais Broederlam ne laisse percer son origine flamande que dans le saint Joseph de la Fuite en Egypte. Le Père nourricier tient l’âne par la bride tout en levant le bras pour se rafraîchir ; avec ses fortes chausses, sa grosse houppelande, son baluchon sur l’épaule, le charpentier de Nazareth est évidemment un compère que Melchior a rencontré dans les ruelles d'Ypres. Mais la bonhomie de cette figure ne nous fera pas conclure avec Waagen que le réalisme du retable « frise la crudité ».[2]

Il me paraît certain que le retable est peint à l’huile. La pâte est pleine et lisse comme chez les van Eyck. Les carnations sont pâles, les draperies d’un coloris plus chaud, particulièrement le manteau de la Vierge qui est d’un bleu admirable. C’est Broederlam qui étoffa les statuettes de Jacques de Baerze. Cette polychromie sculpturale est infiniment harmonieuse et vivante. Les têtes ont presque toutes été repeintes par un barioleur

  1. Michiels. L’Art flamand dans l’Est et le Midi de la France. 1877. p. 41.
  2. Manuel de l’Histoire de la Peinture. T. I. p. 60.