Page:Fierens-Gevaert, La renaissance septentrionale - 1905.djvu/58

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miniaturiste et enlumineur de statues, appelé tantôt Bieauneveu, tantôt Beaunepveu, est né dans le Hainaut suivant un célèbre témoignage de Froissart. Parlant d’un séjour que le frère de Charles V, Monseigneur Jehan, duc de Berry, fit au château de Mehun-sur-Yèvre près de Bourges, le grand chroniqueur nous apprend qu’il y « devisoit au maistre de ses ouvriers de taille et de peinture, maistre Andrieu Beaunepveu à faire de nouvelles images et peintures ; car en telles choses avoit-il grandement sa fantaisie de toujours ouvrer de taille et de peinture ; et il était bien adressé, car dessus ce maistre Andrieu n’avoit pour lors meilleur ni le pareil en nulles terres, ni de qui tant de bons ouvrages fussent demeurés en France ou en Hainaut, dont il était de nation et au royaume d’Engleterre. » Donc au dire de Froissart, Jean de Berry s’entretenait à Mehun-sur-Yèvre avec le directeur de ses travaux de peinture et de sculpture, maître André Beauneveu ; Monseigneur songeait à de nouveaux travaux et ne pouvait mieux s’adresser qu’à maître André ; aucun artiste n’était supérieur ni égal à Beauneveu et ses œuvres abondaient en Angleterre et dans le Hainaut dont il était originaire. Telle est la précieuse information artistique que nous transmet le grand chroniqueur.

Froissart devenant critique d’art pour tailler en passant à son compatriote une chaude réclame — comment dire autrement ? — a-t-il un peu grossi la vérité ? Il ne semble pas. Le témoignage d’autres documents anciens nous montre maître André très occupé et admiré. C’est dans les comptes de Valenciennes que son nom paraît pour la première fois en 1361. Nous le trouvons ensuite au service de Charles V et un mandement royal de 1364 nous fixe sur l’importance de l’artiste. « Nostre aimé André Beauneveu notre ymager », dit le mandement, est chargé de tailler les tombes de Philippe VI, de Jeanne de Bourgogne, de Jean II, de Jeanne de Bourbon et celle du roy Charles V lui-même, — œuvres pour lesquelles « nostre aimé » reçut des sommes très élevées. Après quoi le maître s’en retourna probablement dans son pays natal. En 1374 il est à Valenciennes, et il y exécute en 1374 des peintures pour la halle des jurés. La même année, Louis de Mâle ayant décidé de se faire ériger un mausolée dans la chapelle de Sainte-Catherine à l’église de Notre-Dame de Courtrai, manda Beauneveu à Gand, en même temps que Jean de Hasselt, peintre. Ce dernier couvrit de portraits les parois de la chapelle et dessina le tombeau que devait tailler maître André. En 1377 Beauneveu est à Ypres où il sculpte une Vierge pour le côté sud du Beffroi. En 1390 il est au service de Jean, duc de Berry et dirige au château de Mehun-sur-Yèvre les ouvriers de taille,