Page:Fierens-Gevaert, La renaissance septentrionale - 1905.djvu/59

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peinture et enluminure de Monseigneur. C’est là qu’il produisit les images et peintures que les hyperboles légitimes de Jean Froissart signalent à la postérité. Les merveilles de Mehun furent d’ailleurs immédiatement célèbres puisque dès l’année 1393, le duc de Bourgogne Philippe le Hardi envoya pour les admirer une mission spéciale composée de son peintre Jean de Beaumetz et de son imagier, un artiste qui promettait : Claes Sluter. Au dire de Froissart, Beauneveu aurait travaillé également pour l’Angleterre ; on le rencontre aussi à Cambrai donnant son avis sur la construction du dôme et il n’est pas impossible qu’il ait travaillé à Malines. Il vivait encore en 1402 ; il était mort en 1413.

Des sculptures de Beauneveu il reste les statues de Philippe VI, Jean II et Charles V, placées à Saint-Denis sur de nouveaux sarcophages. Voici comment à leur propos M. Gonse apprécie l’art du grand imagier : « Les statues de Saint-Denis caractérisent nettement le vigoureux individualisme de sa manière et son magistral sentiment de nature. Beauneveu était un artiste personnel entre tous, il mettait dans l’accent des têtes une conviction qui ne va pas sans une certaine lourdeur, qui touche parfois à la trivialité, mais qui, lorsqu’on l’analyse vous donne cette sensation de force, de grandeur et de vérité que seules possèdent les productions des grands anatomistes de la physionomie humaine. Les œuvres de Beauneveu semblent déborder de réalisme, d’une sorte de réalisme épais, violent, impitoyable, à la flamande. La statue de Charles V est particulièrement significative ; la tête ne manque pas de noblesse et elle a dans tous les détails, un caractère de sincérité tout à fait curieux. Les cheveux qui portent encore des traces de colorations, tombent droit et encadrent vigoureusement le visage ; les mains chargées de veines, sont étudiées avec un soin presque puéril ; le mouvement en est fort beau, ainsi que celui du bras qui relève le manteau. »[1] L’impitoyable préconception du naturalisme flamand n’est point sans laisser de traces dans ce jugement. Beauneveu était wallon, hennuyer, et on nous parle de son réalisme épais, à la flamande ! D’autre part ces excès réalistes n’empêchent point le critique d’accorder au sculpteur le sentiment du geste et de l’expression nobles. D’ailleurs dans le masque de Charles V, le modelé est ample, extraordinairement large. Nous sommes en présence d’un portrait, mais où la repro-

  1. L. Gonse : L’Art Gothique. H May. p. 435.