Page:Figuier - Les Merveilles de la science, 1867 - 1891, Tome 2.djvu/136

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salles de Paris, ce qui donne un total de 140 instruments ; et comme il faut toujours des instruments de rechange, pour les cas de dérangement, il en résulte que le total des appareils réunis dans ces salles, est comme nous venons de le dire, de 170 environ.

Dans ces nombreuses salles, plus de cent employés, dans un silence absolu, sont occupés, du matin au soir, à pousser le levier élastique du manipulateur du télégraphe Morse, ou à promener leurs doigts rapides sur le clavier, pareil à celui d’un piano, du télégraphe imprimant de Hughes. On n’entend d’autre bruit que les coups secs et cadencés, que produit le choc des pièces métalliques de tous les instruments en jeu.

Un écriteau placé au-dessus du bureau de chaque employé, porte le nom de la ville qui forme la dernière station aboutissant à ce fil.

Outre l’appareil Morse, qui trace la dépêche à l’encre par une série de points formant un alphabet de convention, et l’appareil Hughes, qui inscrit la dépêche en lettres d’imprimerie, appareils dont nous aurons à donner la description dans le chapitre suivant, on se sert sur la ligne de Paris à Lyon, du pantélégraphe de M. l’abbé Caselli qui, par une dernière merveille, reproduit les dessins, l’écriture, ou tout signe quelconque fait à la main, appareil remarquable dont nous aurons également à donner plus loin la description et la figure. Le pantélégraphe fonctionne au poste central des télégraphes ; mais comme il est d’un emploi exceptionnel, il n’est point placé dans les salles des instruments, que nous venons de décrire. Il est installé au rez-de-chaussée, dans la partie de l’hôtel qui formait autrefois à elle seule le poste central.

Dans cette partie du rez-de-chaussée, quatre pièces, de dimensions diverses, sont affectées au service télégraphique. L’une de ces pièces est un laboratoire ; une autre, un cabinet de physique, qui sert à la fois pour les cours à l’usage des employés, pour les expériences des nouveaux appareils, pour l’essai des instruments livrés par les fabricants, enfin pour exercer les débutants dans l’art télégraphique. C’est dans la quatrième pièce que se trouve installé le pantélégraphe Caselli. Il y a deux appareils, l’un pour le service du public sur la ligne de Paris à Lyon, l’autre pour servir d’expérience et d’étude.

En sortant de la salle des instruments, les fils conducteurs se rendent chacun à la ligne ou à la ville qu’ils doivent desservir. Mais il faut d’abord traverser Paris. Pendant longtemps, on a vu dans les rues de la capitale, une immense quantité de fils télégraphiques, qui, placés le long des rues, suivaient le parcours qui s’étend de la rue de Grenelle-Saint-Germain jusqu’aux gares de chemins de fer. Mais les lignes devenant tous les jours plus nombreuses, il a fallu renoncer à ce système. Aujourd’hui la traversée de Paris par les fils télégraphiques se fait souterrainement, et l’œil n’est plus arrêté dans l’intérieur de la capitale, par la vue de ces innombrables conducteurs qui rayaient le ciel.

La plus grande partie du parcours souterrain des fils télégraphiques suit la voie des égouts.

Les fils destinés à prendre cette route, sont disposés d’une manière particulière. Comme ils pourraient s’altérer, s’oxyder par l’action des gaz, qui s’exhalent à l’intérieur des égouts, on les renforce beaucoup dans ce trajet. Au lieu d’un seul fil de cuivre, on en prend quatre, que l’on tresse ensemble : la conductibilité est ainsi mieux assurée, car si un ou deux fils viennent à mal fonctionner, les deux autres continuent de donner passage au courant.

Cette tresse métallique, qui représente un seul fil de ligne, est recouverte de gutta-percha. On réunit tous les fils ainsi emmaillottés, et on les suspend à la voûte des égouts, en les renfermant dans un tube de plomb. Ils sont là parfaitement à l’abri de la malveillance, et ils peuvent être aisément visités et réparés, s’il y a lieu.