Page:Figuier - Les Merveilles de la science, 1867 - 1891, Tome 2.djvu/186

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des stations ; le malade transmettait les symptômes de son mal, et le docteur donnait la réplique, par l’envoi de son ordonnance. On lisait ce qui suit, dans un journal américain :

« Hier, avant midi, un monsieur entra dans le cabinet du télégraphe, à Buffalo, et témoigna le désir de consulter le docteur Steven, résidant à Lockport. Prévenu de ce désir, le docteur se rendit au cabinet électrique de Lockport. Le monsieur lui annonça alors que sa femme était gravement malade, et lui fit connaître les symptômes caractéristiques de la maladie. Le médecin indiqua les remèdes à employer. Tous deux convinrent ensuite, si la malade n’allait pas mieux, de se retrouver le lendemain matin aux extrémités de la ligne télégraphique. Le lendemain le monsieur ne parut point. Sans doute, la consultation avait amené une guérison subite. »

Ou bien encore, osons-nous ajouter, la malade était morte, en dépit de la consultation électrique.

Sur quelques-uns de nos chemins de fer, sur celui de Strasbourg, par exemple, une heure avant l’arrivée à la station du chemin de fer où a lieu le temps d’arrêt pour le dîner, on demande le nombre des voyageurs qui désirent y prendre part, et à l’arrivée du convoi, le maître d’hôtel, prévenu par le télégraphe, tient le dîner servi pour le nombre exact de voyageurs qui descendent du wagon.

Ce que l’on fait chez nous pour la masse des voyageurs sur une voie de chemin de fer, on le fait aux États-Unis pour chaque voyageur en particulier. Sur le chemin de fer de New-York à Buffalo, on remet à chaque voyageur, en lui délivrant son bulletin, une carte d’objets de consommation sur laquelle sont indiqués les différents mets qu’on peut trouver à la station intermédiaire où l’on s’arrête pour déjeuner. Le voyageur fait son choix, désigne dans un bureau particulier les plats qu’il désire à son déjeuner, et reçoit en échange un numéro ; à son arrivée à la station, il se met à table à la place qu’indique son numéro, et trouve servi le déjeuner qu’il a commandé. Pendant que la vapeur l’emportait, le télégraphe a pris les devants dans l’intérêt de son estomac.

En France, en Allemagne, en Italie, en Suisse, etc., une autre habitude se généralise. Chaque touriste a soin, avant d’arriver dans une ville, de retenir une chambre dans un hôtel à sa convenance, au moyen d’une dépêche électrique, expédiée de la gare d’une station du chemin de fer. Les voyageurs peu avisés ou trop économes, sont ainsi devancés, et regrettent souvent, en arrivant dans la ville et trouvant toutes les chambres occupées, de n’avoir pas fait usage du télégraphe.

Le 1er janvier 1850, le télégraphe électrique prévint en Angleterre, une grave catastrophe de chemin de fer. Un train vide s’étant choqué à Gravesend, le conducteur fut jeté hors de la machine, et celle-ci continua à courir seule et à toute vapeur vers Londres. Avis fut immédiatement donné par le télégraphe à Londres et aux stations intermédiaires ; ensuite le directeur s’élança sur la ligne, avec une autre machine, à la poursuite de l’échappée ; il l’atteignit et manœuvra de manière à la laisser passer ; puis il se mit en chasse après elle. Le conducteur de la machine réussit enfin à s’emparer de la fugitive et tout danger disparut. Onze stations avaient déjà été traversées, et la locomotive n’était plus qu’à deux milles de Londres quand on l’arrêta. Si l’on n’avait pas été prévenu de l’événement, le dommage causé par la locomotive aurait surpassé la dépense de toute la ligne télégraphique Ainsi le télégraphe paya, ce jour-là, le prix de son installation.

Un second fait du même genre arriva, pendant la même année, sur le chemin de fer de Londres au Nord-Ouest. Par un de ces jours sombres et brumeux si communs en Angleterre, une locomotive abandonnée par mégarde à elle-même, prit tout à coup son essor, et s’élança en pleine vapeur, avec une vitesse effrayante, vers la gare d’Easton. Tous ceux qui la virent s’échapper sans guide, sur un chemin parcouru par de nombreux convois,