Page:Figuier - Les Merveilles de la science, 1867 - 1891, Tome 3.djvu/118

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de la séparer du support, comme une feuille de papier qui s’y trouverait appliquée. On a trouvé dans l’acide azotique un peu étendu, un intermédiaire qui permet d’exécuter avec une assez grande facilité, cette séparation de l’épreuve. Quand on l’a laissée quelque temps séjourner dans l’acide azotique, on peut détacher un ou deux coins de la pellicule organique, et, avec quelque précaution, l’enlever tout d’une pièce.

On applique alors cette pellicule sur une plaque d’émail.

Ces plaques que l’industrie fabrique, pour la bijouterie, en quantités considérables, se composent d’une lame de cuivre légèrement bombée, et couverte, sur ses deux faces, d’une couche d’émail blanc. On choisit une de ces plaques de la dimension nécessaire pour l’épreuve que l’on a à traiter, et l’on y applique la pellicule organique détachée de la lame de verre.

Il faut maintenant obtenir, avec cette épreuve, un émail noir. À cet effet, on promène sur sa surface, un pinceau imprégné d’un fondant, dont la composition peut varier, et qui n’est autre que le fondant employé par les émailleurs et les peintres sur porcelaine. Par l’action du feu, ce fondant fera corps avec le charbon qui compose l’épreuve, et provoquera ainsi la vitrification du dessin.

On place donc dans le moufle d’un four à porcelaine, convenablement chauffé, les plaques d’émaux qui ont subi les différentes opérations que nous venons de décrire. Par l’action de la chaleur rouge, toutes les matières organiques sont détruites ; tandis que le fondant retient le charbon qui forme le dessin ; ce qui laisse, en définitive, une épreuve noire sur l’émail retiré du four.

Voilà comment s’obtiennent les photographies sur émail, en dessin noir. Elles rappellent les teintes ordinaires des photographies sur papier. Quand on veut obtenir une épreuve coloriée, ressemblant aux miniatures ou aux peintures sur porcelaine, on a recours aux procédés ordinaires de la peinture sur porcelaine. Ce qui veut dire que l’on peint ce dessin noir avec les couleurs vitrifiables employées pour la décoration des porcelaines. Ensuite on porte au four la pièce ainsi préparée. Comme pour les peintures sur porcelaine ou sur émail, il faut quelquefois deux ou trois cuissons consécutives, pour obtenir toutes les couleurs cherchées, le point de fusion de chacune des couleurs n’étant pas le même, ou bien la réaction qu’elles exercent les unes sur les autres, obligeant à les appliquer séparément et à des températures différentes.

On voit, en définitive, que la photographie sur émail consiste à produire, avec un cliché positif, une image, positive elle-même, grâce aux propriétés bien connues du bichromate de potasse ; ensuite à transporter cette épreuve positive sur une plaque d’émail, et à en faire un dessin noir sur émail, grâce aux procédés de l’art de l’émailleur ; enfin, si l’on veut obtenir une peinture coloriée, à traiter ce dessin noir par les procédés ordinaires du décorateur de porcelaine.

On doit à M. Alphonse Poitevin la découverte d’une autre couche sensible destinée à former l’épreuve céramique. Au lieu de bichromate de potasse et de gomme, M. Poitevin fait usage de perchlorure de fer et d’acide tartrique. Ce mélange, impressionné par la lumière à travers un cliché positif, a la propriété, comme le mélange de bichromate de potasse et de gomme, de happer, de retenir la poudre de charbon. Le mélange de perchlorure de fer et d’acide tartrique, présente certains avantages sur le bichromate de potasse, pour la photographie céramique. Le reste du procédé pour la préparation de l’émail noir ou coloré, s’opère, d’ailleurs, comme il a été dit plus haut.

C’est par une méthode de ce genre qu’opère M. V. Desroche, photographe et peintre parisien d’un grand mérite. Les portraits coloriés sur émail et sur porcelaine qu’il exécute, sont de véritables œuvres d’art, justement appréciés des amateurs et des artistes.