Page:Figuier - Les Merveilles de la science, 1867 - 1891, Tome 3.djvu/299

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assez forte proportion d’azote ; or, le pyroxyle est un corps azoté. Cette analogie parut suffisante à MM. Bernard et Barreswill pour rechercher si le coton-poudre ne pourrait pas être employé comme substance alimentaire. L’idée était étrange et assez mal venue de la part de physiologistes familiarisés avec les lois de la nutrition. Quoi qu’il en soit, l’Académie des sciences fut instruite par un mémoire ad hoc, qu’on avait réussi à nourrir des chiens avec le pyroxyle. Toutefois les auteurs de l’expérience ajoutaient ingénument, qu’ils avaient favorisé l’action nutritive du coton-poudre, par l’administration simultanée d’une certaine quantité de riz : les adjuvants sont de bonne guerre !

E. Pelouze a proposé d’appliquer le pyroxyle à la fabrication des amorces fulminantes ; la substitution de ce produit au fulminate de mercure, aurait eu pour résultat d’éviter les dangers épouvantables dont s’accompagne la fabrication des amorces par les procédés actuels. Le pyroxyle obtenu avec des tissus très-serrés de lin, de chanvre et de coton, détone aisément par le choc, et si l’on coupe de petites rondelles de ces tissus, et qu’on les place au fond de capsules de cuivre, on obtient des amorces dont la détonation est fort énergique. Cependant cette application du coton-poudre n’a pas donné de bons résultats aux praticiens qui l’ont essayée. Les effets des capsules pyroxyliques, sont irréguliers ; en outre, les armes sont attaquées, par suite de la formation d’un produit acide, l’acide azoteux, qui prend, dit-on, naissance quand le pyroxyle brûle à l’air libre. On a donc renoncé à cette application.

Le coton-poudre paraît devoir fournir des résultats plus avantageux à la pyrotechnie. Des papiers préparés comme le fulmi-coton, et trempés ensuite dans des dissolutions d’azotate de strontiane, de sulfate de cuivre ou d’azotate de baryte, produisent de très-beaux feux rouges, verts ou blancs. On a aussi fait des essais avec des pyroxyles obtenus à bas prix, au moyen de la paille, de la sciure de bois ou de matières végétales analogues. L’immersion de ces produits fulminants dans ces dissolutions salines, a l’avantage de retarder leur inflammation, de donner plus de durée à la combustion, et de favoriser, par conséquent, les divers effets que l’artificier cherche à produire.

Un étudiant en médecine des États-Unis a fait du coton-poudre une application assez inattendue ; il s’en est servi pour le pansement des plaies, et voici comment. Le coton-poudre est soluble dans un mélange d’éther sulfurique et d’alcool : cette dissolution porte le nom de collodion ; c’est la substance dont nous avons parlé tant de fois dans la photographie. Or, M. Maynard, de Boston, a trouvé que le collodion constitue une sorte de vernis doué d’une force extraordinaire d’adhésion. Appliqué sur la peau, ce vernis adhère avec beaucoup de force à sa surface, et résiste parfaitement à l’action de l’eau et des humeurs. Un morceau de toile de 4 centimètres de largeur, recouvert de collodion, et appliqué sur le creux de la main, supporte sans se décoller un poids de 15 kilogrammes : la toile se rompt plutôt que de se détacher.

Les chirurgiens américains se sont servis les premiers du collodion pour le pansement des plaies. On rapproche les lèvres de la plaie, et au moyen d’un pinceau, on les couvre d’une couche de collodion ; par suite de la dessiccation, la réunion des deux bords est parfaitement établie. La contraction que la matière éprouve en séchant, resserre les lèvres de la blessure plus fortement et d’une manière plus égale que ne pourrait le faire tout autre moyen contentif. La plaie est parfaitement préservée de l’air ; la transparence de l’enduit permet de voir à travers et de juger de l’état des parties sous-jacentes ; enfin son insolubilité dans l’eau donne au chirurgien la faculté de laver les parties sans rien détacher. L’usage du collodion s’est répandu ensuite en Angleterre et en France ; Malgaigne