Page:Figuier - Les Merveilles de la science, 1867 - 1891, Tome 3.djvu/43

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rebord d’environ 50 millimètres de hauteur. On remplit ce bassin d’huile de pétrole, jusqu’à peu près un quart de sa hauteur ; on fixe la plaque sur une planchette en bois qui couvre parfaitement le bassin. L’huile de pétrole, en s’évaporant, pénètre entièrement la substance dans les endroits sur lesquels l’action de la lumière n’a pas eu lieu, et lui donne une transparence telle, qu’il semble ne rien y avoir dans ces endroits ; ceux, au contraire, sur lesquels la lumière a vivement agi ne sont point attaqués par la vapeur de l’huile de pétrole.

« C’est ainsi qu’est effectuée la dégradation des teintes, par le plus ou moins d’action de la vapeur de l’huile de pétrole sur la substance.

« Il faut de temps en temps regarder l’épreuve, et la retirer aussitôt qu’on a obtenu les plus grandes vigueurs ; car en poussant trop loin l’évaporation, les plus grands clairs en seraient attaqués et finiraient par disparaître. L’épreuve est alors terminée. Il faut la mettre sous verre pour éviter que la poussière ne s’y attache, et, pour l’enlever, il ne faut employer d’autre moyen que de la chasser en soufflant. En mettant les épreuves sous verre, on préserve aussi la feuille d’argent plaqué des vapeurs qui pourraient l’altérer [1]. »

L’huile de pétrole était un agent révélateur d’une faible puissance, comparée à celle d’une substance nouvelle que Daguerre essaya bientôt après, et qui donna des résultats vraiment merveilleux. Nous voulons parler des vapeurs de mercure dirigées sur la plaque recouverte d’iodure d’argent. Quand on retire de la chambre noire une plaque iodurée, elle ne présente aucun dessin appréciable. Mais si on l’expose à l’action des vapeurs de mercure, l’image apparaît peu à peu, et cela avec une finesse, une perfection incomparables. L’image a alors toute sa fixité, car on pourrait même se passer d’enlever l’excès d’iodure d’argent non impressionné, elle ne s’altérerait qu’après quelques jours. À nos yeux, la découverte des agents révélateurs, et particulièrement de l’action révélatrice des vapeurs de mercure, marque la date de la création de la photographie.

Mais il n’était pas réservé à Nicéphore Niépce de connaître le perfectionnement inattendu apporté à sa méthode primitive. Il mourut subitement, à Châlon, d’une congestion cérébrale, le 5 juillet 1833, à l’âge de 69 ans. Il fut enterré dans le petit cimetière du village de Saint-Loup de Varennes.

« La tombe, dit M. V. Fouque, est surmontée à l’un des bouts, du côté de la tête d’une croix de pierre grise unie ; elle est, comme les autres tombes voisines, enfouie au milieu des grandes herbes qu’il nous a fallu écarter, afin de pouvoir lire et copier l’épitaphe, devenue presque illisible [2].


CHAPITRE IV

procédé photographique de daguerre. — rapport à la chambre des députés et à la chambre des pairs. — communication de sa découverte à l’académie des sciences par arago. — récompense nationale accordée à daguerre et niépce.

Après la mort de Nicéphore Niépce, Daguerre continua ses recherches avec ardeur. Nous venons de dire qu’il avait découvert en 1831, ce fait extraordinaire, que l’image formée par l’action de la lumière sur une plaque recouverte d’iodure d’argent, est invisible, mais qu’elle apparaît subitement si l’on expose la plaque aux vapeurs du mercure. Ce phénomène, absolument ignoré jusque-là, était d’un avenir immense ; en même temps qu’il fournissait les moyens de créer la photographie, il ouvrait à la physique tout un champ nouveau d’observations et de recherches. Avec une habileté remarquable, Daguerre sut tirer parti de ce fait pour la formation des images photographiques. Deux ans après la mort de Niépce, il avait imaginé la méthode admirable qui immortalisera son nom.

En 1835, Daguerre informe le fils de Nicéphore Niépce, Isidore, des perfectionnements qu’il vient d’apporter à l’exécution des épreuves, grâce à l’emploi d’un agent nouveau, et il obtient de ce dernier, un acte additionnel, dans lequel, en raison des perfection-

  1. Historique et découverte du Daguerréotype, par Daguerre, in-8. Paris, 1839, p. 749.
  2. La Vérité sur l’invention de la photographie, p. 177.