Page:Figuier - Les Merveilles de la science, 1867 - 1891, Tome 3.djvu/50

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mince voile de mercure déposé sur une surface d’argent ; les reflets brillants du mercure représentent les clairs, les ombres sont produites par le fond bruni de l’argent métallique ; l’opposition, la réflexion inégale de la teinte de ces deux métaux, produisent les effets du dessin.

Tel est le procédé de Daguerre ; telle est la série d’opérations qu’exécutait l’inventeur, et que tout le monde put répéter comme lui, après que sa méthode eut été rendue publique, par la communication faite par Arago à l’Académie des sciences, le 10 août 1839.

Une fois tombé dans le domaine public, une fois livré à l’expérience et à l’émulation de tous, le Daguerréotype devait faire des progrès rapides. Nous allons faire connaître, selon l’ordre historique, les perfectionnements qui furent apportés à la méthode originelle.

Les épreuves obtenues d’après le procédé de Daguerre, bien que remarquables à divers titres, avaient pourtant un grand nombre de défauts qui en diminuaient beaucoup la valeur. Les amateurs et les curieux conservent aujourd’hui, avec soin, quelques spécimens de photographie sur plaque remontant à cette époque : la génération des opérateurs actuels ne peut regarder sans un sourire ces témoignages authentiques de l’état de la photographie à sa naissance. Ces épreuves, telles qu’on les obtenait en 1839, offraient un miroitage des plus désagréables ; le trait n’était visible que sous une certaine incidence de la plaque, et quelquefois, ce défaut allait si loin, que l’épreuve ressemblait plutôt à un moiré métallique qu’à un dessin. Le champ de la vue était extrêmement limité. Les objets animés ne pouvaient être reproduits. Les masses de verdure n’étaient accusées qu’en silhouette. Enfin, il était à craindre que, par suite de la volatilisation spontanée du mercure, l’image ne finît, sinon par disparaître entièrement, au moins par perdre de sa netteté et de sa vigueur.

La plupart de ces défauts étaient la conséquence du temps considérable exigé pour l’impression lumineuse : en effet, un quart d’heure d’exposition à une vive lumière, était indispensable pour obtenir une épreuve. Aussi les premiers efforts de perfectionnement eurent-ils pour but de diminuer la durée de l’exposition de la plaque dans la chambre obscure.

Ce résultat fut obtenu très-vite par des modifications apportées à l’objectif de la chambre noire. Daguerre avait fixé avec beaucoup de soin les dimensions de l’objectif correspondant à la grandeur de la plaque ; mais on reconnut bientôt que les règles qu’il avait posées à cet égard, excellentes pour la reproduction des vues et des objets éloignés, ne pouvaient s’appliquer aux objets plus petits ou plus rapprochés. On imagina alors de raccourcir le foyer de la lentille. Par cet artifice, on condensa sur la plaque une quantité de lumière beaucoup plus grande, et la plaque étant ainsi plus vivement éclairée, on put diminuer d’une manière notable la durée de l’exposition dans la chambre noire.

Bientôt l’opticien Charles Chevalier, le même qui a joué, dans l’invention de la photographie, le rôle accessoire que nous avons fait connaître, imagina une modification de l’objectif, qui en doubla, pour ainsi dire, la puissance. La chambre noire qu’avait employée Daguerre, n’avait qu’un objectif. Charles Chevalier eut l’idée de réunir et de combiner deux objectifs achromatiques, pour en faire la lentille de l’instrument. Cette disposition permit tout à la fois, de raccourcir les foyers, pour concentrer sur le même point une grande quantité de lumière, d’agrandir le champ de la vue, et de faire varier à volonté les distances locales. La disposition et la combinaison de ces deux lentilles sont tellement ingénieuses, que, sans même employer, si on le veut, de diaphragme, on conserve à la lumière toute sa netteté et toute son intensité. Le système du double objectif permit de ré-