Page:Figuier - Les Merveilles de la science, 1867 - 1891, Tome 3.djvu/79

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démontre en physique, que la lumière colorée qui émane des différents objets, est toujours mêlée d’une certaine quantité de lumière blanche. Le rouge le plus vif, le bleu le plus intense, émettent, en même temps que les rayons colorés qui leur sont propres, une notable quantité de lumière blanche. Par conséquent, toutes les fois que l’on essayera de reproduire par le daguerréotype les couleurs naturelles, cette lumière blanche, venant se mêler aux rayons colorés qui émanent de chaque objet, introduira, dans les résultats de l’action chimique, des effets complexes et dont il sera impossible de tenir compte par avance. Cette circonstance explique le fait que jusqu’à ce moment M. Niépce de Saint-Victor ait toujours échoué, lorsque, au lieu de reproduire simplement des gravures coloriées par l’action de la lumière solaire, il a essayé de fixer une image prise dans la chambre obscure. Dans ce cas, l’impression, au lieu d’être revêtue de diverses couleurs, présente une teinte uniforme.

Poursuivies dans leurs dernières conséquences, ces réflexions amèneraient à rejeter tout espoir de fixer par un agent photographique l’image colorée des objets extérieurs ; elles conduiraient à regarder pour ainsi dire ce genre de recherches comme la pierre philosophale de la photographie. On pourrait cependant ne pas laisser ces objections sans réponse ; on pourrait dire que l’étude chimique de la lumière est féconde en surprises, que la lumière est encore aujourd’hui le moins connu de tous les agents physiques, et que l’on a vu depuis quelques années, se succéder, dans les phénomènes de cet ordre, tant de faits extraordinaires, qu’il se pourrait bien que quelque observation soudaine vînt renverser l’échafaudage de nos raisonnements théoriques. Cette réplique aurait sa justesse, et nous la laissons subsister comme un encouragement aux physiciens qui continuent à s’adonner à l’examen des faits curieux que nous avons signalés.

Parmi les expérimentateurs qui persistent dans les tentatives de la fixation des couleurs des images de la chambre obscure, il faut citer M. Poitevin, à qui l’on doit la grande découverte de l’action réductrice de la lumière sur les chromates mélangés de matières organiques. M. Poitevin, a fait, en 1866, une série d’expériences intéressantes dans le but d’arriver à la fixation des couleurs naturelles, et cette fois, non sur une plaque métallique, mais sur le papier.

M. Poitevin a cherché si l’action de la lumière ne serait pas facilitée et rendue plus complète sur le chlorure d’argent violet, par le mélange de ce produit avec différentes autres substances sensibles. L’emploi des corps réducteurs, c’est-à-dire ceux qui absorbent le chlore, n’a donné à M. Poitevin aucun résultat avantageux ; mais il en a été autrement des corps qui fournissent soit de l’oxygène, soit du chlore, pourvu qu’ils n’exercent aucune action directe sur le chlorure d’argent. Les composés qui ont donné les meilleurs résultats, sont les bichromates alcalins, l’acide chromique et l’azotate d’urane.

Le fait essentiel constaté par M. Poitevin, c’est que le chlorure d’argent violet qui, sur papier, ne se colore que très-lentement et très-incomplètement lorsqu’il est exposé à la lumière solaire, à travers un dessin transparent ou colorié, est, au contraire, modifié, même à la lumière diffuse, lorsqu’on l’a préalablement recouvert de la dissolution d’une des substances indiquées plus haut. Le chlorure d’argent prend alors les teintes propres aux rayons colorés qui agissent sur lui.

Cette action simultanée des sels oxygénés et de la lumière sur le chlorure d’argent violet, est très-importante, en ce qu’elle permet d’obtenir sur papier, des images colorées qui se rapprochent beaucoup de celles obtenues sur les plaques.

Décrivons maintenant le procédé employé par M. Poitevin.