Page:Figuier - Les Merveilles de la science, 1867 - 1891, Tome 3.djvu/80

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Sur du papier recouvert préalablement d’une couche de chlorure d’argent violet, obtenu lui-même par l’exposition à la lumière du chlorure blanc, en présence d’un sel réducteur, on applique un liquide formé par le mélange d’un volume de dissolution saturée de bichromate de potasse, un volume de dissolution saturée de sulfate de cuivre et un volume de dissolution à 5 pour 100 de chlorure de potassium ; on laisse sécher le papier ainsi préparé et on le conserve à l’abri de la lumière. Le bichromate de potasse pourrait être remplacé par l’acide chromique ou par l’azotate d’urane. Avec ce papier, pour ainsi dire supersensibilisé, l’exposition à la lumière directe n’est que de cinq à dix minutes, lorsqu’elle a lieu à travers des peintures sur verre, et on peut très-bien suivre la venue de l’image en couleur. Ce papier n’est pas assez impressionnable pour qu’on puisse l’employer utilement dans la chambre noire ; mais, tel qu’il est, il donne des images en couleur dans l’appareil d’agrandissement qu’on appelle mégascope solaire.

On peut conserver ces images photo-chromatiques dans un album, si l’on a eu la précaution de les laver à l’eau acidulée par de l’acide chromique, de les traiter ensuite par de l’eau contenant du bichlorure de mercure, et de les laver encore à l’eau chargée de nitrate de plomb, et enfin à l’eau pure. Dans cet état, elles ne s’altèrent pas à l’abri de la lumière.

Malheureusement, ces nouvelles images photogéniques ne sont guère plus stables à la lumière que les images que MM. Edmond Becquerel et Niépce de Saint-Victor, avaient obtenues en 1848, sur des plaques chlorurées. M. Edmond Becquerel affirme que les impressions ne lui ont pas paru se faire plus rapidement sur papier que sur plaques ; il y aura probablement peu de différence sur ce point. Mais comme les images sur papier s’obtiennent avec beaucoup plus de facilité, les recherches de M. Poitevin permettent d’étendre l’étude de ces phénomènes curieux, et peut-être de faire un pas de plus vers la solution du grand problème de la fixation des couleurs par la photographie.

On voyait à l’Exposition universelle de 1867, les spécimens de l’état actuel de la question de la fixation des couleurs en photographie. M. Niépce de Saint-Victor avait présenté ses photographies colorées obtenues sur plaque métallique. Seulement, on ne pouvait jeter sur ces images qu’un coup d’œil rapide, car elles ne peuvent, hélas ! être fixées par aucun moyen ; de sorte que si on les laissait exposées à la lumière, elles ne tarderaient pas à s’altérer et à disparaître. Aussi étaient-elles renfermées dans un album tenu sous clef, qui ne s’ouvrait que grâce à une requête adressée au gardien.

M. Niépce, avait disposé, dans un stéréoscope, une de ces images colorées. Tout le monde pouvait les voir dans l’instrument ; on était seulement prié de remettre, après avoir vu, les deux tampons, qui, dans l’état ordinaire, bouchaient les lentilles du stéréoscope.

Un album d’héliochromie sur papier présentant des images de couleurs assez peu variées et toujours rougeâtres, composé par M. Poitevin, figurait également à l’Exposition ; Mais il était enfermé sous serrure et cadenas, pour conserver ses fugitives couleurs.

Nous venons de signaler les études sérieuses et les travaux scientifiques qui ont eu pour objet la fixation photogénique des couleurs naturelles. Nous mentionnerons, en quittant ce sujet, un célèbre puff américain, qui se rapporte à ce même problème. Cette mystification qui, hardiment conduite, a valu à son auteur un bénéfice net de deux cent mille francs, vaut la peine d’être racontée.

Les États-Unis sont sans aucun doute le pays de la terre où la photographie compte le plus d’adeptes : on y trouve dix mille photographes. De ce nombre était M. Hill,