Page:Figuier - Les Merveilles de la science, 1867 - 1891, Tome 4.djvu/35

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grande régularité. Mais le réservoir se trouvant plus haut que la mèche, l’ombre de ce réservoir est projetée dans l’espace, de sorte que ces lampes n’éclairent pas circulairement. En outre, l’horizontalité de la ligne cd (fig. 18) n’est pas toujours assurée ; car, dans les mouvements que l’on fait pour déplacer ou transporter la lampe d’un lieu à un autre, on incline le réservoir, et le niveau de l’huile dans le bec n’est plus maintenu au même point. Dès que la lampe penche du côté du bec, l’huile arrive avec abondance de ce côté et remplit le godet ; souvent elle se répand ainsi au dehors.

C’est pour éviter ces deux inconvénients qu’un lampiste, nommé Philips, imagina la lampe dite sinombre (du latin sine umbrâ). Philips disposa le réservoir circulairement autour du bec, en plaçant ce réservoir au même niveau que le bec. Le bec était ainsi placé au centre du réservoir d’huile. Ici, le vase de Mariotte était supprimé ; l’huile arrivait au bec par le seul effet physique des vases communiquants.

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Fig. 19. — Lampe sinombre de Philips.

La figure 19 représente la lampe sinombre. L’huile est contenue dans le réservoir circulaire AB ; deux conduits inclinés, c, d, l’amènent à la partie inférieure du bec. Une ouverture, a, est pratiquée sur le réservoir circulaire, pour faire agir la pression de l’air : un bouchon, b, ferme l’ouverture par laquelle on remplit ou on vide la lampe.

On comprend tout de suite, d’après le principe physique des vases communiquants, que le niveau de l’huile doit baisser continuellement, à mesure que l’huile se consume. Cependant, comme le réservoir a très-peu de hauteur, et que c’est dans le sens horizontal qu’il est surtout étendu, cet abaissement du niveau n’est bien sensible que vers la fin de la combustion de l’huile. La capillarité de la mèche élève l’huile d’une manière très-notable, et suffit pour assurer l’alimentation régulière du combustible, quand le niveau commence à baisser. Un godet adapté à la partie inférieure du bec, reçoit l’huile, qui s’écoule sans être brûlée. Ce godet est percé de trous à sa partie supérieure, pour que l’air puisse arriver au bec, et passer au milieu de la flamme.

Par cette disposition, Philips résolut très-bien la difficulté consistant à éviter l’ombre du réservoir. Les deux petits conduits c, d donnaient, à la vérité, leur ombre ; mais comme ils étaient fort étroits, l’inconvénient était peu sensible. Ces lampes étaient excellentes pour les salons et pour les tables de salle à manger.

Bordier-Marcet, qui était devenu l’associé d’Argand, dans la manufacture de Versoix, adopta cette disposition pour ses lampes. Seu-