Page:Filiatreault - Contes, anecdotes et récits canadiens dans le langage du terroir, 1910.djvu/22

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— Ah ! ça, dites-donc, voulez-vous vous payer ma tête ?

— Mais pas le moins du monde, mon cher Monsieur ; je constate, voilà tout. Vous m’avez dit hier soir que votre séjour au Canada serait de trois ou peut-être six mois. Et bien ! prenez mon conseil, allez dans le Nord de la Province où tout le monde parle ce que vous appelez un patois qui se rapproche du français, et quand vous aurez vu la Renouche, la Rivière du Nord, la Rouge, la Rivière du Chêne, la Rivière aux Chiens, la Rivière Cachée, et combien d’autres ! vous m’en direz des nouvelles.

À Lévis, je sautai à bord du train du Grand-Tronc et je n’ai jamais revu mon homme.

Plus tard, en 1876, je travaillais à la Gazette, où je levais la lettre, et j’avais ma pension dans une maison de la rue Saint-Dominique, avec un ami du nom de Oscar Lavigne, un polisseur de pianos.

Nous avions avec nous un Toulousain, « vous comprenez bien, n’est-ce pas ? » qui nous contait qu’en France les bœufs étaient plus gras, les chevaux plus gros, — « les Percherons, vous savez ? » — les édifices plus beaux, les cheminées des usines plus hautes, et les femmes plus grosses, « trrr ! »…

— Arrêtez un peu, dit mon ami Oscar, je ne doute pas de votre parole, mais vous admettrez bien qu’elles ne le sont pas aussi souvent que les Canadiennes !

La conversation cessa de suite.

Lavigne, cependant, n’était pas satisfait, et la semaine suivante, nous nous amenâmes chez un marchand de la rue Craig, qui vendait des