Page:Filiatreault - Contes, anecdotes et récits canadiens dans le langage du terroir, 1910.djvu/44

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cochon sur le chemin du roi, s’amena au bureau de l’avocat de la Couronne pour exposer ses griefs qui étaient réels à son avis et avoir une « consulte. »

Après les salutations d’usage, l’avocat lui demanda le motif de sa visite, et voici l’histoire de Toinon :

— J’voudrais savoir si Barthélémy Lavigne a l’droit de tuer mon cochon, parc’qu’y pacageait dans le chemin.

— Mais non, Toinon, il n’a pas le droit de tuer ton cochon. Conte-moi comment c’est arrivé et n’oublie aucune circonstance.

— Vous savez, en arrivant su’ l’côteau, il s’est mis à pousser son ch’val, pis mon cochon s’est mis à courir devant lui au p’tit trot — un grand cochon maigre — pis Barthélémy a poussé su’ l’cochon, pousse, pousse, pousse, jusqu’à c’que l’cochon prenne l’épouvante ; pis, en arrivant cheux nous, y a voulu prend’ la barrière, pis y a viré drette en équerre.

Mais, M’sieu, y v’nait si vite qu’y s’est attrapé l’fouillon su’ l’piquet et pis y s’est défouillouné nette, y avait pus yinq’ l’écuelle en d’sour. Pis, comme de raison, y était trop maîgre pour le manger, et j’perds toute.

— Comme ton animal était errant sur la voie publique, il n’y a pas de recours.

— C’est ben sacrant, la loi !


— Dors-tu, Joe ?

— Non.

— Prête-moi donc ton buggy neuf pour la journée.

— J’dors.