Page:Filion - À deux, 1937.djvu/110

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tous et par chacun. La vie ne me serait donc plus qu’un enfer anticipé. Malgré mes peu gaies réflexions, épuisée, je succombai au sommeil. Je m’éveillai au son de sa voix, à genoux près du lit, il demandait :

— Marie te sens-tu mieux ?

— Je ne sais pourquoi, mais en le revoyant près de moi et dans cette posture d’humilité qui me parut une noire hypocrisie, je sentis toute ma vigueur me revenir, la colère à mon tour m’aveuglait. Je sautai sur mes pieds, et le regardant avec toute l’ardeur de ma haine, je lui lançai au visage :

— Je vais te débarrasser tout de suite.

Mes mains tremblaient, je me mis à bouleverser les tiroirs. Je me fis un paquet de tout ce que je pouvais emporter, dont je pourrais avoir besoin les premiers jours. Il me suivait du regard, immobile, l’œil atone, à ce moment il semblait regretter l’irréparable qui se dressait entre nous.

Chaque fois que je me dirigeais vers la porte, il trouvait à s’informer d’un objet que je pouvais avoir oublié. Je l’ai senti plus tard, à ce moment si j’avais supplié ton père de ne pas me renvoyer à cause de toi, si je m’étais jetée à son cou en le priant de faire à nouveau publier nos bancs à l’église, de payer la dispense nécessaire ; en un mot de remettre notre mariage en règle, je suis positive qu’il se serait laissé attendrir, voyant mieux que moi, rendu à son bon sens, par ma sotte colère, toutes les conséquences fâcheuses de la vie telle qu’elle me serait faite désormais, et de ta vie à toi, pauvre in-