Page:Filion - À deux, 1937.djvu/116

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Maintenant l’été battait son plein. À la ville, en juillet, on se procure, on conserve surtout difficilement du lait frais. J’arrivai un jour pendant que tu te tordais de souffrance, où tu criais de toute la force de tes petits poumons. Mon cœur de mère fut bouleversé, je devais te laisser, si tu allais mourir. La vie des tout petits tient à si peu. J’étais épouvantée à cette seule pensée. À ce moment je ne pouvais souhaiter ta mort pour te soustraire à la souffrance, j’étais si certaine que je saurais te l’éviter, mais comme je me suis trompée !

Elle laissa glisser ses bras le long de son corps amaigri, fit une pause. Laure respecta ce silence. Elle trouvait tant de charme, maintenant qu’elle ne tremblait plus pour son bonheur, à découvrir jusqu’à quel point sa mère l’avait aimée, quel dévouement elle avait sans cesse déployé à l’égard de cette enfant, qui n’avait été pour elle depuis sa naissance qu’une source de soucis. Elle sentait son cœur se dilater sous le flot de cet amour sans borne, dont elle avait pu douter dans un moment d’aberration, elle se promettait de réparer son indifférence passée, de combler tout cet arriéré de tendresse qu’elle avait contracté envers cette mère méconnue.

— Je revins à mon travail. Je donnai ma démission. Et tout de suite je suppliai qu’on écrivît au curé de ma paroisse sollicitant une place soit au presbytère, ou ailleurs dans une campagne environnante, dans une maison où l’on aurait besoin d’une personne à l’année. La réponse ne se fit pas attendre. Une vieille dame de Sainte-Hélène de Ka-