Page:Filion - À deux, 1937.djvu/125

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dre, elle n’avait plus senti qu’une grande faiblesse, et s’était abattue sur le parquet.

La pauvre mère fit des efforts inouis pour hisser sur le lit ce corps inerte, mais il était trop lourd à ses bras affaiblis ; elle aussi avait été ébranlée depuis ces derniers jours, elle surtout ne commençait pas à souffrir. La blessure qu’elle portait au cœur n’était pas cicatrisée malgré les années, et d’avoir remué tous ces souvenirs avait envenimé la plaie. Elle ne savait à qui s’adresser dans cette grande maison aux portes toutes semblables. Le jour de son arrivée, on était venu la conduire ici sur son assurance qu’elle était la mère de Laure Lavoise, elle paraissait digne de croyance. À quelle porte frapper ? Qui lui viendrait en aide ? Elle sortit de la pièce toute désorientée, frappa à plusieurs portes sans recevoir de réponse, les pensionnaires étaient à leur travail, à leurs visites, à leurs courses. Elle tournait dans cet immense corridor éperdue, folle de terreur, quand enfin, à la dernière porte à l’autre extrémité du passage quelqu’un était là et voulait bien ouvrir. La malheureuse femme dans son énervement ne savait plus trop ce qu’elle voulait, enfin elle articula :

— Voulez-vous venir au No 12 ?

La jeune fille inexpérimentée resta saisie en voyant la belle pensionnaire qu’elle avait tant de fois remarquée, gisant sur le parquet sans vie, sa figure couverte d’une pâleur de mort.

— Que lui est-il arrivé ?