Page:Filion - À deux, 1937.djvu/150

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
— 148 —

la constitution de la jeune fille. Elle a été trop fortement ébranlée par ce premier coup du destin. Elle n’avait encore connu que des contrariétés, elle aurait aussi bien pu être tuée du coup. Elle s’efforce donc de la distraire, mais c’est plutôt chose difficile car Laure cache jalousement sa peine ; pourtant, à propos de tout et à propos de rien ses yeux s’embrument de larmes, puis d’un effort de volonté elle se force à sourire, elle ne veut pas attrister les autres, Lucille surtout qui se montre si bonne pour elle.

Alexandre s’est fait très rare après le départ de son père. Il a travaillé nuit et jour pour oublier son chagrin : maintenant il se croit suffisamment guéri pour ne plus négliger sa sœur.

Il vient assez régulièrement, cause avec les jeunes filles ou les mène faire une promenade. Laure est enchantée de ce changement, pas pour elle-même, sa présence lui est encore un supplice, mais pour Lucille, elle s’est promis de les jeter dans les bras l’un de l’autre. Elle aura à lutter contre la fierté de Lucille, et contre l’indifférence d’Alexandre. Elle se dit qu’elle se doit de réunir ces deux cœurs qu’elle a séparés, et certains jours on lui en veut de son insistance, alors elle décide de les laisser se débrouiller seuls, mais pour continuer de sortir avec eux qu’ils n’y comptent pas. Il fait une chaleur torride, Laure reste enfermée toute la journée dans le grand magasin à rayons où elle a recommencé de travailler ; le soir quand Alexandre se présente, elle prétexte une migraine pour rester