Page:Filion - À deux, 1937.djvu/23

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Pendant une quinzaine, elle n’eut plus de nouvelles d’Alexandre et sa fierté lui défendait d’appeler le jeune homme. Elle s’efforçait de se persuader que tout était bien fini, mais, au fond, elle gardait malgré elle un rayon d’espoir.

Sans préméditation, il est retourné au grand magasin. Il passait devant la porte un après-midi bien chaud, son cœur battit plus fort, il ne put résister au désir de la revoir. Pourquoi cette démarche ? Combien il sent l’impossibilité de la voir attacher quelqu’importance à sa personne. Il est jeune, il est beau garçon, il a une position qui pour Lucille peut sembler le summum du bien-être. Mais pour cette femme… une femme si belle ne peut avoir des goûts simples, il lui faudra de l’argent, beaucoup d’argent. Paraître, briller, être la première partout. Peut-il y avoir pour elle un autre idéal ? Tout en se tenant ce raisonnement, il franchit l’entrée, et de nouveau il ne sent plus en lui, qu’un grand flot de tendresse qui submerge toutes ses craintes. Il s’approche, elle sourit, involontairement il baisse les yeux pour lui adresser la parole, comme s’il était incapable de supporter l’éclat des prunelles bleues lumineuses. La chaleur donne à ses joues une couleur plus vive, son regard est brillant. Il commande le même parfum que la première fois. Puisqu’il lui plaît, peut-il en choisir un autre ? Mais il ne s’éloigne pas tout de suite. Les clients sont peu nombreux par cet après-midi torride. Les citadins ont fui vers les plages environnantes, ceux qui forcément sont demeurés à la ville, n’ont