Page:Flaubert Édition Conard Correspondance 2.djvu/118

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mence : ce sont des monticules de sable couverts çà et là de palmiers, puis des greves qui n’en finissent [pas]. De temps a autre, il vous semble voir à l’horizon de grandes flaques d’eau avec des arbres qui se reflètent dedans et, tout au fond, sur la ligne extrême qui paraît toucher le ciel, une vapeur grise passe en courant comme un train de chemin de fer. Cest le mirage. Tout le monde l'éprouve, Arabes et Européens, ceux qui sont habitués au désert comme ceux qui le voient pour la premiere fois. De temps à autre, dans le sable, on rencontre la carcasse de quelque animal, un chameau mort, aux trois quarts rongé par les chacals et dont les boyaux noircis au soleil assent en dehors; un mufle momifié, une tête de cheval, etc. Les Arabes trottinent sur leurs ânes avec leurs femmes empaquetées d’immenses voiles noirs ou blancs. On s’adresse le bonjour, Tayëb, et on continue son chemin.

Vers onze heures nous avons déjeuné pres d’Aboukir, dans une forteresse gardée par des soldats qui nous ont offert d'excellent café et refusé le batchis 1, chose merveilleuse! La plage d’Aboukir est encore couverte, de place en place, par des débris de navire. Nous y avons rencontré quantité de requins échoués. Nos chevaux écrasaient des coquilles au bord des flots; nous tirions des cormorans et des pies de mer. Nos Arabes couraient comme des lévriers ramasser celles que nous- avions blessées (car j'ai-tué du gibier! oui, moi ! voila du nouveau, hein, pauvre vieille?). Le temps était magnifique, la mer et le ciel étaient

(1) Bakchiche, gratification.