Page:Flaubert Édition Conard Correspondance 2.djvu/14

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préparation à ceci : venir à Paris sans vouloir te voir.

Je n’y serais pas venu d’ailleurs si tu m’avais dit : « Tu as raison, cela vaut mieux. » On n’aurait as eu besoin, comme tu me le recommandais dimanche dans cette hypothèse, de te cacher le jour de ma présence. Il n’y en aurait pas eu du tout.

C’est bien pour jeudi que Phidias m’a engagé à venir, mais je n’y serai que vendredi ou samedi. Il faut probablement que je m’absente mercredi soir de Rouen. Ainsi, si tu me réponds d’ici à ce que nous nous voyions, que ce soit de suite.

Nous allons donc nous revoir, pauvre amie ! J’ai envie de te revoir, mais ce sera si peu ! Tu vas dire que j’empoisonne tout d’avance et que je parle toujours de la pourriture qui viendra sur les fruits, quand à peine ils sortent de la fleur ! Hélas oui ! Hélas oui ! Aussi je n’ai ni la joie bienheureuse de ceux qui se mettent à table, levant bien haut leur verre pour qu’on l’emplisse à déborder, ni la tristesse aigre, ni les sueurs froides de ceux qui se réveillent le lendemain au milieu des pots brisés et de leur cœur déchiré !

À ce qu’il paraît que notre ami Max a manqué d’aller voir Pluton. Qu’il ait manqué, tant mieux pour moi, tant pis pour lui. Quand on a un peu d’humanité, on ne peut s’empêcher de souhaiter la mort à ceux qu’on aime. Et on dira que j’ai le cœur dur !

Pourquoi penser, ou dire du moins, que si tu me demandais à écouter ton drame, je ferais sourde oreille ? Voilà ce que je ne te pardonne pas. Ce sont ces idées que tu te fourres en tête.