Page:Flaubert Édition Conard Correspondance 2.djvu/143

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I DE GUSTAVE FLAUBERT. 137 · Nous sommes ici sur un excellent pied. Soliman- i Pacha s’est pris d'une belle aflection pour nous des le début, ce qui nous a bien Fait, co1nme po- sition, et nous voyageons avec une certaine mine. l.,’Egypte est du reste peuplée de Français, lesquels sont fort heureux de rencontrer des compatriotes avec qui causer des théâtres de Paris et de la poli- tique du iour. Presque toutes les places importantes sont occupées par eux, ou par des Arméniens » · chrétiens, de sorte que les pauvres diables d’Arabes ne savent jamais a qui ils ont afiaire et baissent pavillon devant toute redingoteeuropéenne. Du _ reste le peuple s’inquiète Fort peu de tout ce qui se passe. II était égyptien sous Mahomet, il rede- vient turc sous Abbas, il sera anglais plus tard . quand l’Angleterre se sera emparée de l’Egypte (ce qui arrivera un de ces matins); ou plutôt il restera le même, se moquant de tout, llaneur, causeur et paresseux, car l’Arabe ici est tres gai, fort amateur de drôleries, de mascarades et de processions. Le fellah tout nu laboure les champs avec un hoyau et s’arrête pour vous voir passer, tout com1ne les bons paysans de France. Le Bé- douin s’amuse a se Faire raconter des gaudrioles, et l’habitant des villes f`ume sa pipe sur sa bou- · tique, se branle la tête en récitant sa priere, et ' floue gravement le bourgeois en buvant son calé . i d’un air antique. lai adressé chez toi une lettre pour maman. La ‘ voila revenue a Rouen, la pauvre Femme; elle ne sait ou traîner son ennui. Soignez-la bien; je ne te u dis pas de l’aimer, cher Frère, mais c’est de paroles surtout qu'elle a besoin. ll lui Faut, pour vivre, , quelque peu de cette tendresse_quotidienne a