Page:Flaubert Édition Conard Correspondance 2.djvu/160

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V 1 54 CORRESPONDANCE i Je me livre beaucoup à l’étude de la parfu- merie et a la composition des on uents. lai avant- hier mangé la moitié d’une pastille, dont fai eu le corps « ex austed» pendant trois heures; je croyais · avoir du feu à la lan ue. · C’était le matin, le soleil se levait en _face de ' moi; toute la vallée du Nil, baignée dans le brouillard, semblait une mer blanche, immobile, _ · et le désert derriere, avec ses monticules de sable, comme un autre Océan d'un violet sombre, dont _ Chaque vague eût été pétrifiée. Cependant le so- leil montait derriere la chaîne arabique, le brouil- lard se déchirait en grandes gazes légères, les prai- A ries coupées de canaux étaient comme des tapis _ ' verts, arabesqués de galon, de sorte qu’il n’y avait_ que trois cou eurs : un immense vert ai mes pieds, · au premier plan; le ciel blond rouge comme du vermeil usé, derriere et, a côté, une autre étendue mamelonnée, d'un ton roussi chatoyant; puis les minarets blancs du Caire tout au fond, et les · ' canges qui passaient sur le Nil, les deux voiles étendues (comme les ailes d’une hirondelle que l'on voit en raccourci); çà et là, dans la campagne, quelques touffes de palmiers. ` Oui, nous avons eu de bonnes balles aux py- / · ramides. La nuit, le vent tapait sur notre tente a grands coups sourds, comme dans la voile d’un navire. Une fois, nous nous sommes relevés à 2 heures du matin; lesétoiles brillaient. Le temps ` était sec et clair; il y avait un chacal ui piaulait derrière la seconde pyramide. Nos Arilbes étaient couchés dans des fosses qu’ils se creusent dans le sable, avec leurs mains, pour dormir; deux ou trois de leurs feux brûlaient. Quelques-uns, assis en