Page:Flaubert Édition Conard Correspondance 2.djvu/167

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


DE GUSTAVE FLAUBERT. » 161 corps de plus de deux cents hommes couchés a _ plat sur le ventre. Quant ai ceux qui en sont morts, c’est impossible à savoir; la foule se rue tellement derriere le scheik, une fois qu'il est passé, qu’il . n'est pas plus facile de savoir ce que sont devenus ces malheureux que de distinguer le sort d’une épingle jetée dans un torrent. La veille au soir, nous avions été dans un couvent de derviches ou nous en avions vu tomber en convulsions à force d’avoir crié Allah. Ce sont de gentils s ectacles, « et qui auraient bougrement fait rire de Vol- · taire. Quelles réflexions n'aurait-il pas faites sur le pauvre esprit humain! sur le fanatisme! la su ér- stitionl Moi, ça ne m’a pas fait rire du tout! Cela est trop occupant pour être effrayant. Ce qu’il y a ` de plus terrible, c’est leur musique. .

Ciest un bien drôle de pays que ce pays. Hier,

par exemple, nous étions dans un café qui est un ~ des plus beaux du Caire, et ou il y avait en même temps que nous, dans le café, un âne qui chiait ` et un monsieur qui pissait dans un coin. Per- sonne ne trouve ça drôle, personne ne dit rien. Quelquefois, un homme prés de vous se leve et se met à dire sa priere, avec grandes prosterna- tions et grandes exclamations, comme s’il était tout seul. On ne détourne même pas la tête, tant cela paraît tout naturel. Te figures—tu un individu récitant son bénédicité au Café de Paris? i Tu me parles de ma mission U). .l e n’ai presque rien a faire et je crois que je ne ferai presque rien. (1) Flaubert avait été chargé par le Ministre de Fagriculture de recueillir des renseignements propres à être communiqués aux phambreî de commerce. (Voir Du CAMP', Souvenirs littéraires, , 32. A I Il- I _ · I I