Page:Flaubert Édition Conard Correspondance 2.djvu/26

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_ zo _ CORRESPONDANCE comblé ainsi que le tablier d’une enfant qui est rempli de fleurs et qui déborde de tous côtés, qup1qu’elle en porte es coins dans sa bouche et qu el e le serre avec ses mains, sentir enfin que votre vie est liée a cette vie-la et que cela est de— venu un organe particulier de votre âme : NoN.' Si tu entends par aimer vouloir prendre de ce ç double contact la mousse qui flotte dessus sans remuer la lie qui peut être au fond, s’unir avec 'un mélange de tendresse et de plaisir, se voir avec charme et se quitter sans désespoir (alors _ qu’on n'était.pas désespéré non lus quand on embrassait dans leur biere ses plnus tendrement chères), pouvoir vivre l'un sans l’autre, puis u’on vit bien sevré de tout ce qu’on convoite, orpclielin cle tout ce qu'on aaimé, veuf de tout ce qu'on rêve, ` mais éprouver pourtant à ces rapprochements des _ ` défaillances ui font sourire comme par des cha- touillementslétranges, sentir enfin que cela est venu parce que ça devait venir et que ça se passera parce C que tout passe, en se iurant d’avance de n’accuser ni l’autre ni soi-meme, et, au milieu de cette joie, vivre comme on vit, si ce n’est un peu mieux, avec un fauteuil de plus pour y poser votre cœur les _ jours de fatigue, sans que, pour cela, on en soit pas beaucoup plus amusé de se lever tous les matins; si tu admets qu’on puisse aimer et en ` même temps être pris d'une pitié démesurée en comparant les admirations de l’amour aux admi- rations de l’art, ayant pour tout ce qui vous fait rentrer dans forganisme d'ici-bas un dédain face- tieux et amer; si tu admets qu'on puisse aimer ,, quand on sent qu’un vers de·Thé0crite vous fait plus rêver que vos meilleurs souvenirs, quand il