Page:Flaubert Édition Conard Correspondance 2.djvu/277

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couvrait la campagne déserte. Cétait de grands A mouvements de terrain qui ondulaient comme des vagues monstrueuses, dont la blancheur monotone était déchirée de place en place par de petits chênes rabougris ou des bruyeres. Un pâle soleil brillait sur cette étendue froide. Nous nous sommes égarés. Des patres bulgares couverts de peaux de etes, et qui ressemblaient plutôtà des ours qu’à des hommes, nous ont remis sur notre route. Quant à un chemin frayé, nous ne voyions sur la neige que la trace des lievres et des chacals qui avaient couru pendant la nuit. Dans les montées et descentes, notre guide chantait ai tue-tête une chanson sur un air aigu, que le, vent aussitôt arrachait de sa bouche et emportait dans la solitudé. ll faisait très froid; le mouvement du cheval cependant nous faisait suer. Kosielski me disait : « Oh ! il me semble que C’est la Pologne. » Et moi je pensais aux grands voyages par terre de l’Asie centrale, et la Tartarie, au Thibet, à tout le vague pays des fourrures et des cités à dômes d’étain.

Tu me demanderas peut-être ce que c’est que le comte Kosielski. Cest un grand seigneur polonais, avec nous au même hôtel, aux trois quarts ruiné par suite des uerres de son pays, couvert de blessures et de horions, homme charmant et de bonne compagnie. Il est chef de l’emigrati0n polonaise et hongroise accueillie par la Sublime Porte sur les terres de l’empire. Cest lui qui leur distribue de l’argent et assigne à chacun le lieu ou ils doivent résider. J’ai vu à cette ferme quelques-uns de ces pauvres diables. L’amour de la patrie mène loin (soit dit sans calembour). Kosielski est encore une des nombreuses connaissances que